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Electre de Sophocle : nouvelle traduction

mardi 7 mars 2006, par Robin Delisle

Philippe Renault, poète et infatigable traducteur a eu l’amabilité de présenter au Portique sa dernière réalisation : une traduction nouvelle de l’l’Electre de Sophocle qui a la particularité d’être en vers : ce travail impressionnant mérite d’être salué à sa juste valeur.
Cet évergétisme électronique et littéraire se développe peu à peu sur la Toile, et l’on peut dire que Philippe Renault en est l’un des fers de lance.

Merci à lui donc, et à lui la parole...

Poète et traducteur, je suis un fervent adepte d’Internet, un moyen d’expression qui, depuis deux années, m’a permis de publier, respectivement sur les sites de la BCS et de Philippe Remacle, quelques-uns de mes travaux.

Aujourd’hui, je publie chez Philippe Remacle une nouvelle traduction de l’Électre de Sophocle. « Énième » me dira-t-on ! C’est vrai, mais celle-ci, je crois, a une particularité qu’on ne devrait pas me dénier : elle est en vers, et en vers mesuré, tout au moins pour les dialogues, ayant usé pour les parties chorales du vers libre. Pour le dialogue, j’ai recouru à l’alexandrin non rimé, qui, s’il ne remplace évidemment pas le trimètre iambique propre aux Tragiques, ni les rythmes scandés par une alternance de syllabes brèves et longues, est seul à même, selon moi, de donner une idée - que des esprits chagrins qualifieront sans doute d’artificielle - de la versification grecque. Les traductions d’aujourd’hui, souvent en prose, parfois en vers libres, sont fort éloignées, malgré leurs nombreux mérites, des intentions des poètes antiques, subtils métriciens, ne l’oublions pas. Comme le déplorait Marguerite Yourcenar en son temps - mais son propos est encore valable aujourd’hui -, l’idée que le poète puisse être un artisan rigoureux du verbe, se soumettant à des règles astreignantes, est généralement ignorée, et paraît même incongrue aux yeux du lecteur contemporain, pour qui le poète écrit avec une intouchable liberté, en quête perpétuelle d’originalité syntaxique ou inspiratrice, selon son Moi.

Or la chose était impensable chez les poètes grecs qui ciselaient leurs compositions avec une minutie extrême, en obéissant à des règles très strictes, ingrates parfois : c’est que leurs vers devaient être accompagnés d’une partition musicale, également très experte. Bref c’étaient d’énormes travailleurs, ce qui ne les empêchait d’être des créateurs géniaux...

Sophocle était à la fois un infatigable travailleur (123 pièces à son actif !) et un poète immense. C’était un métricien hors-pair, mais aussi un musicien de qualité, ce dont nous ne pouvons plus juger hélas ! De fait, traduire Électre en vers semblait pour moi aller de soi, me permettant de me rapprocher un tant soit peu du rythme musical.
D’ailleurs, l’ensemble de mes traductions de poètes anciens est presque toujours en vers réguliers, excepté celle que j’ai « commise » de quelques Odes de Pindare, dont l’ampleur et l’exubérance s’accommodent mal, par exemple, de l’alexandrin, cela va sans dire...
Je propose donc une Électre qui s’efforce de faire passer un peu du souffle poétique de Sophocle, de restituer sa noblesse, son urgence, qui n’exclue pas une fidélité au texte, fidélité qu’on pourra vérifier, puisque le site Remacle propose sur l’une des pages Web le texte grec faisant face à la traduction.

Était-ce une gageure que de vouloir être « fidèle en vers », les anciennes traductions de cette nature ayant été considérées - souvent à raison - comme de « belles infidèles ». Mais une traduction vraiment au mot au mot, en prose de surcroît, est-elle nécessairement au-dessus de tout soupçon, puisqu’il lui manque l’essentiel : la poésie...
Après cette première incursion dans la tragédie grecque, j’envisage de poursuivre quelque temps sur cette voie, avec le projet d’une nouvelle traduction de l’Œdipe-Roi du même Sophocle ou de la Médée d’Euripide.

Électre est accompagnée d’une présentation, d’un plan de la pièce et d’une bibliographie.

Electre

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