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L’esthétique romaine antique

mardi 11 juillet 2006, par Robin Delisle

Dès la fin de la République, le Romain porte une grande attention à son apparence : son corps, né imparfait et inachevé, doit s’éloigner de l’animalité, par l’éducation et l’effort. Ce sera un corps lavé, habillé, maîtrisé, raisonnablement nourri, aux cheveux et à la barbe entretenus. Le mot qui désigne les soins du corps est d’ailleurs cultus qui désigne aussi la culture. Au contraire celui qui n’accepte pas ces contraintes est sordidus, inculte, sale, répugnant. Car soigner son apparence est un devoir à l’égard de soi-même et à l’égard d’autrui.

(Source, BIUM Paris-V, auteur inconnu)

Maquillage

Les yeux

Les Romaines savent donner de l’éclat aux regards et épaissir les sourcils ; les particularités de l’antimoine pulvérisé et du noir de fumée n’ont ainsi pas de secrets pour elles. Elles ajoutent ainsi un trait sombre sous les yeux afin de les rendre plus grands.

Le teint

Elles accentuent la blancheur du teint grâce à de la craie ou du blanc de céruse. Toutefois, ce matériau issu du plomb n’est pas sans danger pour la santé, et Galien, le célèbre médecin en dénonce la nocivité. Aussi, dès le 2ème siècle après J-C, c’est le khôl ou la suie qui sont préférés et on rougit les joues avec de l’orcanète ou de la mûre écrasée.
Les tempes, elles, sont bleuies grâce à des crèmes colorées.

Les fards

Toute sorte de colorants sont utilisés dans la confection des fards. On les délaie, on les mélange dans de petits récipients. La substance de base était issue du suint de la laine : l’oepysum. Il faut ensuite les colorer...

Pline, Histoire naturelle, Livre XXXV, §32, 37 Edition Nisard, édition J.J.Dubochet, 1850

Les pigments chez les Anciens ne sont pas seulement des matériaux destinés à la peinture : la diversité de leurs usages est étonnante. Ainsi, Platon utilise souvent pour désigner la couleur le terme de « pharmakon », par exemple dans la République, 420c : « Si donc nous étions occupés à peindre une belle statue, et que quelqu’un vînt nous blâmer de ne pas employer les plus belles couleurs pour les plus belles parties du corps [...] nous nous défendrions sagement en lui tenant ce discours... » (traduction de Robert Baccou, Paris, GF, 1966). Le terme traduit par « couleur » est ici « pharmakon ». Or les premiers sens de ce mot sont « toute substance au moyen de laquelle on altère la nature d’un corps » et « toute drogue salutaire ou malveillante » (Bailly). Par suite il peut s’agir aussi bien d’une drogue médicinale que d’une potion magique, ou d’une drogue pour teindre, la peinture, le fard. Par ce terme, Platon indique surtout la valeur négative de séduction de la couleur (« pharmakon » désigne aussi le maquillage égyptien), mais il témoigne aussi de ses multiples usages : c’est au sens propre que la couleur est un « pharmakon », une drogue aux multiples vertus. L’Histoire Naturelle de Pline, elle, rend compte de la diversité des usages des pigments, dans de multiples registres de savoir-faire, en particulier cosmétiques et médicaux.

Ainsi, le rouge s’obtenait à partir de l’ocre d’une espèce de lichen( fucus) ou encore de mollusque. On collait sur les visages de petites rondelles d’étoffe destinées à cacher les imperfections d’une peau disgrâcieuse ou au contraire à en rehausser l’éclat. On nommait ces dernières les « plenia lunata ».

Les dames disposaient de toute une palette de fards. Les onguents liquides se conservaient dans de petites fioles de fine céramique souvent richement ornées , ou encore dans de petits flacons de verre tels les albastres (de forme allongés) et les aryballes (de forme sphérique) : ces derniers l’ étroit goulot qui s’achevait en disque élargi permettait d’étaler goutte à goutte le parfum ou le fard. Des boîtes rondes contenaient le maquillage, plus épais, où on le prélevait au pinceau. Chaque dame possédait son "alabastrothèque" et son nécessaire à maquillage, enfermé dans un coffre ouvragé.

Une histoire du maquillage...

Les soins de la peau

Melinum...un secret romain fort utile pour épiler...

Pline l’Ancien au livre XXXV de ses Historiae Naturales, livre le secret du Melinum...

§ 37. Melinum candidum et ipsum est, optimum in Melo insula. In Samo quod nascitur, eo non utuntur pictores propter nimiam pinguitudinem ; accubantes effodiunt ibi inter saxa venam scrutantes. In medicina eundem usum habet quem Eretria creta ; praeterea linguam tactu siccat, pilos detrahit smectica vi.

Un lifting romain avant la lettre...

Le poète Ovide, dans son Ars Amatoria propose diverses recettes afin d’améliorer la peau...

Premier temps : les tâches

Apprenez donc comment vous pourrez, au sortir du sommeil, donner de l’éclat à la blancheur de votre teint. Dépouillez de sa paille et de son enveloppe l’orge que nos vaisseaux apportent des champs de la Lybie (3), prenez-en deux livres et détrempez-le avec de l’ers,en égale quantité, dans une dizaine d’oeufs. Quand ce mélange aura été séché au grand air, faites-le broyer par une ânesse sous une meule rocailleuse. Pilez ensuite de la corne de cerf, de celle qui tombe au commencement de l’année, et mettez-en la sixième partie d’une livre. Quand le tout sera réduit en farine bien menue, passez-le de suite dans un tamis creux. Ajoutez-y une douzaine d’oignons de narcisse, dépouillés de leur écorce, et qu’une main vigoureuse écrasera dans un mortier de marbre ; puis deux onces de gomme et d’épeautre de Toscane, et dix-huit onces de miel. Toute femme qui appliquera ce cosmétique sur sa figure, la rendra plus polie, plus brillante que son propre miroir.

Faites aussi griller ensemble de pâles lupins et des fèves venteuses, six livres de chaque, et broyez-les ensuite sous la meule ; ne manquez pas d’y ajouter de la céruse, de la fleur de nitre rouge, et du glaïeul d’Illyrie (4), puis, donnez le tout à pétrir à des esclaves vigoureux, et que la matière ainsi pétrie ne pèse pas plus d’une once. En joignant à cette composition du ciment extrait du nid des alcyons (5) plaintifs, et que l’on appelle pour cela alcyonée, vous ferez disparaître toutes les taches de votre visage. Si vous me demandez combien il en faut : la valeur d’une once divisée en deux parties. Pour lier entre elles ces substances différentes, et en faire une pommade onctueuse pour le corps, ajoutez-y du miel brut de l’Attique.

Second temps : l’éclat de la peau

 
quamvis tura deos irataque numina placent,
         non tamen accensis omnia danda focis.
85
    tus ubi miscueris radenti tubera nitro,
         ponderibus iustis fac sit utrimque triens.
    parte minus quarta dereptum cortice gummi,
         et modicum e murris pinguibus adde cubum.
    haec ubi contrieris, per densa foramina cerne ;
90
         pulvis ab infuso melle premendus erit.
    profuit et marathos bene olentibus addere murris -
         quinque trahant marathi scrupula, murra novem -
    arentisque rosae quantum manus una prehendat
         cumque Ammoniaco mascula tura sale ;
95
    hordea quem faciunt, illis affunde cremorem ;
         aequent expensas cum sale tura rosas.
    tempore sint parvo molli licet illita vultu,
         haerebit toto nullus in ore color.

vidi, quae gelida madefacta papavera lympha
100
contereret, teneris illineretque genis.

NDLR : les femmes qui désireraient expérimenter l’esthétique romaine, et notamment les procédés donnés uniquement en latin dans cette étude, sont invitées à entrer en contact avec son auteur par courrier électronique.

Pots de crème : le secret retrouvé ?


Article paru dans Futura-Sciences le 08/11/2004

L’année dernière à Londres, sur le site d’un temple romain du milieu du II ème siècle, des archéologues trouvaient dans la boue un pot en étain pratiquement intact. Son contenu, une crème blanche légèrement granuleuse, a traversé les siècles grâce au couvercle de la petite boîte resté hermétiquement clos. Cette découverte a offert aux scientifiques une opportunité de percer un secret de beauté utilisé par les femmes romaines de l’antiquité. Le biochimiste Richard Evershed et son équipe, de l’université de Bristol, ont publié dans Nature les résultats de leurs analyses.

Les scientifiques britanniques ont mis en évidence trois ingrédients majeurs constituant cette crème datant de 150 ans après JC. Le premier est de la graisse animale provenant de bovins ou d’ovins. Le second, l’amidon, est toujours utilisé de nos jours dans les cosmétiques pour en diminuer l’aspect gras. Le troisième élément, l’étain, a convaincu les chercheurs qu’ils étaient bien en présence d’une crème de beauté et non d’un onguent ou d’un médicament. En effet ce métal ne faisant pas partie de la pharmacopée romaine, son rôle devait être celui d’un pigment blanc. L’équipe anglaise a ensuite élaboré une version synthétique de cette crème et l’a testée. Son application donne une sensation de gras vite remplacée par un résidu blanc, poudreux et très doux. Ce produit, qui devait être utilisé comme fond de teint, donnait donc aux femmes le teint très pâle à la mode à cette époque.

On sait que l’acétate de plomb était fréquemment utilisé pour obtenir cette pâleur recherchée par les belles de l’antiquité. Ses effets néfastes sur la santé commençant à être connu au II ème siècle, l’étain a sans doute été le produit de substitution idéal. De plus on le trouve en grande quantité en Cornouailles, pas très loin de Londres, sous forme de cassitérite (SnO2) qui pouvait être directement incorporé à la crème.

Pot de crème romaine
Le pot de crème romain retrouvé à Londres et , à droite, la version fabriquée par les chercheurs. (Bristol University)

NDLR : pour les expérimentatrices téméraires, l’auteur de l’étude est parvenu à trouver les coordonnées du Docteur Evershed ainsi que la brève de l’Université de Bristol signalant l’événement.

Lecture complémentaire : les Romains et les odeurs...Où l’on voit que les dentifrices existent déjà chez les Romains et que les hommes se soucient autant de leur apparence que les femmes...