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Liban, Israël et Palestine : au temps des rois Hiram et Chelomoh...

mardi 18 juillet 2006, par Robin Delisle

Il est un temps dont personne ne se souvient : en effet, 3000 ans nous en séparent.
En ce temps-là, le roi de Tyr Hiram, entretient les meilleures relations avec Chelomoh, le fils et successeur du roi d’Israël, David. Il faut dire que le père de Chelomoh a fait oeuvre utile : s’il a repoussé les Philistins qui campent désormais sur leurs positions à Gaza, il n’a pas cherché à annexer leurs territoires : à vrai dire, il a bénéficié de la protection de certains d’entre eux à ses débuts, en particulier de celle du roi Akich, et plusieurs d’entre eux sont ses hommes de confiance.

Chelomoh, plus connu sous le nom latinisé de Salomon, développe considérablement le commerce entre autres grâce à l’amitié des Phéniciens, au premier rang desquels Hiram et sa flotte. Il contrôle le commerce international : caravanes du désert (encens, aromates), commerce de haute mer dans des expéditions conjointes avec les Phéniciens (produits et animaux tropicaux, or), commerce avec la Phénicie (blé, huile, cèdre, cyprès, aide technique). Ces bonnes relations seront durables, et, quand Cyrus le Grand, au 5ème siècle, le roi de Perse, entreprend de faire reconstruire le temple de Jérusalem détruit par Nabuchodonosor, les Hébreux peuvent aussi compter sur les fonds phéniciens.

S’il fallait donner aujourd’hui leurs noms modernes aux acteurs de cette histoire, on jurerait être en plein conte de fée : les Libanais sont les descendants des Phéniciens, les Palestiniens, ceux des Philistins, les Israéliens, ceux des Hébreux, et les Iraniens sont en fait des Perses.

Ces terres ont tout pour elles : une présence humaine plusieurs fois millénaires, les sources des trois grandes religions monothéïstes, de l’eau (à condition de la partager) un climat qui permet des cultures, de l’intelligence (Palestiniens, Libanais et Israéliens ont un haut niveau d’instruction) et tout intérêt à s’accorder plutôt qu’à se combattre.

Aristote écrit déjà au livre V de son Ethique à Nicomaque « La réciprocité des besoins est le lien de la société car on n’échange que si on a besoin de ce que l’autre possède.(...)
La monnaie est devenue par convention un moyen d’échange pour ce qui nous fait défaut. »

Adam Smith dans sa Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations précise : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu’il faut espérer notre souper, mais de leur propre intérêt. »

Alors voilà ce qui pourrait être une riche idée pour l’Europe d’un côté, les Palestiniens, les Israéliens et les Libanais de l’autre. Ecartons l’utopie d’une fraternité imanente ou hypostasiée comme les créationnistes s’imaginent que le monde a surgi. En revanche, considérons que l’argent est un puissant moteur incitatif et raisonnons ainsi : à partir de quelle somme Israéliens, Palestiniens et Libanais accepteraient de considérer que l’enjeu financier vaut le coup de se mettre autour d’une table et d’établir des partenariats ?

Les trois peuples sont également instruits et entreprenants ; avec des fonds très importants à disposition, on pourrait asiément concevoir qu’ils mettent place des consortiums touristiques, commerciaux et industriels.

Chiffrons : et si l’Europe était prête à mettre 200 milliards d’euros sur la table en proposant ceci aux trois peuples :

« nous vous offrons cette somme pour construire des projets économiques communs tous les trois, et nous n’affecterons ces sommes que pour des projets tri-partie et sous la condition que ces projets emploient exclusivement des travailleurs israéliens, palestiniens et libanais. Par ailleurs, nous autres Européens, sommes tout prêts à user de notre savoir-faire et à vous fournir machines et technologies sophistiquées quand ce sera nécessaire. »

Dans un premier temps, on peut penser que l’investissement colossal que représente un plan d’une telle envergure grèverait lourdement le budget de l’Union européenne, mais, dans un second temps, le retour sur investissement serait non moins colossal : un Proche-Orient pacifié serait une source de revenus et de commerce considérable. Le prestige de l’Europe y serait immense, et l’habitude de négocier avec les états mettrait l’Union aux premières loges pour ensuite y implanter ses enteprises et y commercer.

Une telle zone commerciale aurait de bonnes chances de supplanter la Silicon Valley : idéalement, ce pourrait aussi être le lieu d’expérimentations de nouvelles technologies respectant une charte environnementale. Par exemple, le soleil ne manque pas là-bas : bonne occasion d’y mettre en place une industrie dont l’énergie de base serait les rayons solaires...

Outre les retombées économiques, les conséquences diplomatiques d’une réussite seraient phénoménales, entraînant vraisemblablement une bonne partie du monde dans la sphère d’influence européenne.

On peut tout de même supposer que la perspective d’une somme aussi faramineuse pourrait appâter jusqu’aux kamikazes d’hier.

On pourrait alors espérer voir se lever le jour nouveau de la paix et de la prospérité : si le commerce s’en mêle, il est très probable que l’on pourra, dans notre monde marchand, trouver des bonnes volontés pour s’y coller... Peut-être existe-t-il un palestinien du nom d’Akich, ou Libanais qui répond à celui d’Hiram et un Israélien à celui de Chelomoh qui auraient bien envie de tenter l’aventure...

Messages

  • A noter que l’article est également publié sur AgoraVox et qu’il y fait l’objet d’un débat.

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=11679

  • Votre article m’a fait sourire....
    Bonne idee sans doute mais vous vous tromper sur la logique meme.
    1) L’Israelien est en general promoteur de nouvelles idees. La plupart des Israeliens sont pret a faire des concessions ( logiques ) en ce qui concerne le partage du pays. L’Israelien moyen, hait la guerre. Je suis moi meme un pacifiste.
    2) Le Libanais est generalement de tendence Europeenne donc pro votre proposition.
    3) Les Palestiniens, sont diriges par 2 differentes ideologie. Celle de l’independence ,je comprend et puis accepter.
    L’autre tendence qui est Islamiste extemiste.
    " Le tout ou rien " et ce par la force...bestiale.
    4) Les Iraniens, menes par une bande d’extremistes Islamiqes, qui ont pour but de dominer tous le moyen orient par la force et qui pour ce faire sont pret de detruire tout sur leur passage.Employant des metodes d’indocrination extremiste chez les plus petits de leurs enfants.
    Ce dit, pouvez vous m’expliquer comment pouvez-vous realiser votre, notre beau reve ?
    Merci pour vos idees, elles sont merveilleuses.
    Bien a vous et que le seigneur de nous tous veuille bien les reussir.
    David.Un ami.

    • Cher David,
      Je n’ai aps dit que ce serait simple de réaliser un projet d’une telle ampleur : mais, plutôt qu’une négociation finanicère d’états à états, j’imaginais plutôt un compte dont les fonds seraient transférés projet par projet vers les entreprises et les individus et non donnés à des institutions des trois pays.

      Il faudrait obtenir que les trois pays s’engagent à ne pas se confronter entre-temps : ça, évidemment, c’est le plus difficile, mais on peut essayer de conclure des projets morceaux de territoire apr morceaux de territoire : si on veut être souple, on peut dire : tiens, sur les fermes de chebaa, on va construire un complexe technologique tripartie dans le domaine de l’agriculture : à condition que cette zone soit sanctuarisée. Il faut évidemment que chaque population touche de manière rapide les manes générées par un tel complexe : au moins les populations avoisinantes en tout cas.

    • Ah, une initiative qui va plutôt dans le bon sens du côté de l’Europe et de l’Arabie Saoudite.

  • Pour quelqu’un qui a vécu comme moi, aux côtés de Jean Monnet et de Robert Schuman, l’appel du 9 mai 1950 à la réconciliation de la France et de l’Allemagne pour former la première "communauté ueropéenne", votre utopie mérite d’être partagée. Car nous sommes peut-être à la veille d’une troisième guerre mondiale. Mais quel dirigeant politique en aura l’audace ?
    Europe, la Princese Phénicienne de la mythologie, venait de Tyr. Comment ne pas y penser en ces heures tragiques ?

    J.-R. Rabier
    (Association internationale "D’Europe à l’Europe")
    <j-r.rabier@skynet.be>