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Shî’isme : une religion platonicienne ?

lundi 18 avril 2005, par Robin Delisle

En ces temps troublés en pays shî’ite - l’Irak est une terre shî’ite à 60%, rappelons-le -, il nous a paru opportun d’interroger l’essence de la religion shî’ite.
En effet, les parallélismes entre mystique shî’ite et mystique platonicienne sont pour le moins troublants.

Tout comme chez les platoniciens, (à vrai dire, les néo-platoniciens* en particulier) il existe deux pratiques, l’une exotérique, l’autre ésotérique. C’est bien sûr la seconde qui recèle les vérités. Les Parfaits (Ali, Fatima et les 12 successeurs d’Ali) et leurs successeurs sont à l’image des philosophes, des guides pour la cité, quand bien même cette cité serait fondée sur le Coran. Les théologiens shî’ites affirment que dans le shî’isme, il existe une religion du populaire qui n’est qu’un premier niveau et ne permet pas d’accéder à l’illumination, tandis qu’une élite seule y parvient (les imâms).

Mullâ Sadrâ écrit

« Sache que l’âme n’atteint cette joie et cette béatitude que par la pratique assidue des actiosn et opérations qui purifient l’âme [...] par la contemplation qui est le fait de la science de la forme des choses et de leur essence. [...] Mais le corps ne cesse de s’opposer à l’âme, et il l’empêche d’atteindre la perfection de l’union et de l’esprit de l’union. Lorsque la préoccupation du corps décline dans l’âme, les suggestions de l’imagination trompeuse et les jeux de l’imagination fantaisiste déclinent aussi, le voile se lève, les entraves extérieures disparaissent, et perdure la conjonction unitive [avec Dieu]. » .

Un tel programme, à n’en pas douter, est on ne peut plus conforme aux derniers conseils prodiguées par Socrate dans le Phédon.
Tout comme chez Platon et les néo-platoniciens, les puissances inférieures, sensibilité, imagination, induisent l’esprit en erreur, tandis qu’au contraire, les exercices moraux, et surtout la connaissance des liens qui unissent le monde sensible à son modèle intelligible libèrent l’âme.

* On ne s’étonnera pas de la parenté de cette mystique avec certains aspects du pythagorisme. Pour mémoire, le néo-platonisme est une fusion des thèses platoniciennes et des thèses pythagoriciennes.

La rédaction du Portique reccomande la lecture du précieux ouvrage de Mohammad-Ali- Amir-Moezzi et Christian Jambet, Qu’est-ce que le shî’sme ? afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cette religion à la fois si originale, et si méconnue.

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