Le portique

Nihil novi sub sole !

Accueil > Humanités > Publications > Les chevaliers du Subjonctif : la révolution en marche...

Les chevaliers du Subjonctif : la révolution en marche...

samedi 12 août 2006, par Robin Delisle

Erik Orsenna illumine à nouveau la grammaire d’un trait de génie : le subjonctif est l’obscur objet de son nouveau roman. Pourquoi le subjonctif ? Parce qu’avec lui, tout est possible...

« - Qui êtes-vous ? je veux dire : qui êtes-vous, les Subjonctifs ? Des malades ? Des dangereux ? Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi le dictateur Nécrole vous déteste tant, pourquoi il veut lancer l’assaut contre vous.
- Je te l’ai expliqué : le subjonctif est l’univers du possible.
- Et alors ?
- Réfléchis un peu, Jeanne. Qu’est-ce que le possible ?
- Quelque chose qu’on pourrait faire...
- Mais qu’on n’a pas fait. Pas encore fait. Pas voulu faire. Réclamer le possible, tout le possible, c’est critiquer le réel, le monde tel qu’il est, la pauvreté, les injustices. Et donc critiquer les politiques qui veulent que rien ne change : ils se satisfont très bien du monde tel qu’il est.
- Le subjonctif est un mode révolutionnaire, c’est ça ?
- On peut le dire.
- Maintenant, je comprends mieux pourquoi on peut avoir peur de vous. C’est vrai que vous dérangez. Je voudrais adhérer.
- Pardon ?
- Adhérer à votre club.
- Il ne s’agit pas d’un club, Jeanne. Nous formons une chevalerie. »