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Les Folies d’Espagne

mercredi 7 février 2007, par Robin Delisle

Au catalogue 2006 d’Harmonia Mundi, éditeur de musique classique, on trouve une réédition qu’il faut saluer comme un heureux retour : La Folia. La folie d’Espagne est une danse à la mode au début du XVIIème siècle au sein de toutes les cours d’Europe, elle se caractérise par sa vivacité et ses soubresauts, hésitant entre le sanglot et le rire, la comédie et les larmes. Il n’y pas loin à aller pourn voir dans ces danses, en raison de leur nature orgiaque, une forme de danse dionysiaque.

« Il s’agit d’une certaine danse portugaise, très bruyante, car de nombreuses figures sont exécutées avec des tambourins et d’autres instruments. Des portefaix déguisés portent sur leurs épaules des jeunes gens en vêtements féminins et qui, les bras levés, font des tours, dansent et jouent du tambourin, et le bruit est si grand et le rythme si rapide que les uns et les autres paraissent avoir perdu l’esprit. C’est pourquoi ils donnèrent à la danse le nom de Folia, d’après le toscan folle qui signifie vain, fou, insensé, qui a perdu la tête » écrit en 1610 dans son Trésor de la langue castillane ou espagnole l’écrivain Don Sebastian Covarrubias.

On trouve mention pour la première fois de cette danse dans l’Auto de la Sibilla Cassandra du poète et musicien portugais Gil Viccente.

C’est qu’à l’époque, Espagne désigne la totalité de la péninsule ibérique.

Il faut dire que Gregorio Paniagua de l’Atrium Musicae de Madrid, avec sa troupe de musiciens, a su rendre avec force toute la puissance orgiaque de ces danses issus d’un temps reculé. Les Folias à plus d’un égard sont très surprenantes par leur modernité, et les instruments sifflant, zézayant et vrombissant à tour de rôle étonneront plus d’un auditeur.

Les Folias sont souvent des compositions libres, et beaucoup de morceaux conservés sont restés anonymes.

Certains noms de folia sont plus qu’évocateurs : Dementia praecox angelorum, par exemple, ou enocre, Extravagans. Il faut dire que l’ensemble musicla de Gregorio Paniagua s’en est donné à coeur joie, et on a la surprise, parfois, entre deux folia d’entendre un surpuissant moteur de tondeuse à gazon ou encore quelques ola bien senties...

Nous laisserons la conclusion à Gregorio Paniagua définissant ainsi le travail de composition de la Folia

« Tous les compositeurs du monde qui écrivent leur propre Folia n’ont pas une idée très précise de ce qu’ils font. Ils mûrissent comme l’arbre qui ne hâte pas sa sève, mais absorbent tout et restent confiants au milieu des tourmentes du printemps, sans angoisse de ne pas connaître un autre printemps ; et le printemps arrive et une lassitude tranquille les submerge, même s’ils sont patients, insousciants et calmes, comme s’ils avaient l’éternité devant eux. Ils peuvent alors aimer leur Folie et leur solitude ; ils supportent la douleur qu’elle leur cause et parviennent à rendre beau le son de leur plainte. »