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Les Grecs croyaient-ils à leurs mythes ?

jeudi 21 septembre 2006

Julia, usagère du forum international de latin fr.lettres.langues-anciennes.latin donne un avis argumenté sur l’ouvrage de Paul Veyne. Avec son autorisation, le Portique publie son message dans ses pages.

Bonjour ! Je suis en train de lire "les grecs croyaient-ils à leurs mythes",
en fait les gréco-latins croyaient-ils à leurs mythes puisqu’il y avait eu
fusion, et Veyne cite souvent les auteurs latins. Cela m’a fait souvenir
vaguement d’un texte latin de je ne sais plus qui (Varron ?) qui disait
qu’il y avait trois manières d’appréhender la religion (celle des
philosophes, celle des poètes, celle du peuple ? mes souvenirs sont très
vagues). J’aimerais retrouver cette référence. Si quelqu’un a une idée ?
J’en profite, dans l’idée aussi de réveiller un peu le forum, pour vous
communiquer les réflexions peu cohérentes et improvisée que j’ai envoyées à
un ami sur le livre en question. Si quelqu’un l’a lu, j’aimerais avoir son
avis.

.. Je trouve que Veyne est fumeux : que veut-il démontrer au juste ? Il
m’agace un peu à faire tout le temps le malin, le subtil, le jeune, le
dernier cri et d’envoyer les autres aux oubliettes avec facilité. Il déploie
beaucoup d’érudition, c’est vrai, et c’est un aspect intéressant de son
livre. Mais pour dire quoi finalement ? Moi, si je m’interroge naïvement sur
la question du titre, je me dis d’abord que j’aurais écrit "les grecs et les
latins" car c’est le même problème. Et j’aurais répondu évidemment : ça
dépend lesquels : les gréco-latins ne sont pas différents de nous à cet
égard. Les gens éclairés et cultivés mettent en doute les croyances
irrationnelles dans lesquelles sont immergées les gens plus frustes :
l’accès à la raison est inégalement réparti. Veyne a l’air de nier
l’existence du fait historique et de son objectivité : je sais qu’on peut
fort bien discuter la subjectivité qui peut apparaître dans le choix des
événements historiques et naturellement dans l’interprétation de ces
événements, mais enfin je crois au réel et à la prise de la Bastille le 14
juillet 1789. En ce qui concerne les événements anciens, la vérification
n’est pas toujours possible : Romulus a-t-il vraiment existé, mais il n’en
reste pas moins que les deux propositions (Romulus a existé et Romulus n’a
pas existé) ne peuvent pas être vraies en même temps. Des fouilles
archéologiques tireront peut-être un jour (ou ont peut-être déjà tiré -
j’avoue mon ignorance) la chose au clair. Quant au fait qu’en chacun de nous
la croyance a des fluctuations et des exigences différentes selon notre
humeur, notre état d’esprit, c’est tout à fait vrai psychologiquement :
l’homme n’est pas un animal rationnel 24 heures sur 24 : j’ai le même
expérience que lui à propos des fantômes et il m’est arrivé de redouter les
fabrications de mon imagination : "le sommeil de la raison enfante des
monstres " : cela ne veut pas dire que je ne donnais pas raison à ma raison.
Quand l’esprit est malade, on sait très bien que c’est de la maladie. Je
m’étonne aussi qu’il ne dise pas grand chose, ou même rien, des conceptions
des philosophes : Lucrèce qui commence le De Natura rerum par une célèbre
invocation à Vénus, évidemment une allégorie, mais dont l’inspiration
épicurienne place des dieux indifférents en dehors du monde humain, dans les
inter-mondes. Il existe des bouquins aussi pour montrer (mais il le dit un
peu ) comment les classes dirigeantes à Rome utilisaient les superstitions
et scrupules religieux à des fins politiques, pour manipuler la plèbe (Lily
Ross-Taylor). Et il ne parle pas -je dis tout ça un peu pêle-mêle comme ça
me vient - du théâtre où les dieux étaient fréquemment placés dans des
situations grotesques (ce qui ne prouvait pas qu’on n’y crût pas, la chose
est à discuter) par exemple Dionysos qui chie dans son froc au début des
"Grenouilles" d’Aristophane... Et le genre du mime à Rome. Bref, ça ne me
satisfait pas... Sa façon de suggérer "Ah ! Ah ! Ce qu’ils sont bêtes et
simplistes ces rationalistes et ces marxistes !"

Valete omnes

Le débat sur fr.lettres.langues-anciennes.latin

Messages

  • Pour paraître instruit il est naturel de remettre toujours en question la réalité.
    Romulus a bien existé, de même que Rome existe toujours.
    J’ai écrit sur ce lieu que ce n’est pas Romulus qui construisait les enceintes de la ville qui deviendra Rome, non pas pour paraître mais par ce que les "nouvelles" données le démontrent.
    Soyez patients et patientes d’autres energumènes prétendront le contraire