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Qui veut la peau d’Il Campiello ?

dimanche 8 octobre 2006, par Robin Delisle

Il y a trois semaines je me suis rendu à la première d’Il Campiello, à la Comédie Française.

Au fur et à mesure que je regardais et écoutais la pièce, je me suis dit : finalement le monde ne change pas. Tout cette scène pourrait se dérouler dans un village populaire de banlieue (parisienne ou non) et finalement, tous ces "jons" comme dirait Gasparina, je les ai croisés à de multiples reprises dans mon existence.

Zorzetto et Lucietta sont criants de vérité. Un vrai petit couple de cité d’aujoud’hui, avec toute sa violence et ses contradictions. Combien de jeunes femmes n’a-t-on pas vu ainsi amoureuses de leur fiancé jaloux. Loïc Corbery et Léonie Simaga, c’est un couple magique, sur scène. J’ai adoré Anne Kessler : incroyable sa polyvalence. En bacchante, en décembre dernier, elle m’avait déjà impressionné, mais en Gasparina, elle touche un sommet, avec ses "jons"...

Mon fiston aîné qui a 6 ans a beaucoup aimé, lui aussi la pièce, et en particulier cette tradition vénitienne évoquée par Donna Pasqua : le proutprouton...

Non vraiment, tout y est. Juste une déception : ile st vrai que le rôle du gamin est mineur, mais malgré tout, j’ai trouvé que Marion Picard faisait tâche sur tout le reste de la troupe. Ce n’est sans doute pas le rôle qui lui convenait, et on l’a sentie très empruntée, presque débutante dans son rôle, comme si elle passait un oral.

Il est clair que "la critique" a assassiné la pièce : on se demande bien pourquoi. Peut-être n’y ont-ils rien compris, ou bien pire encore, comme cela arrive souvent chez certains de ces critiques, ne sont-ils pas allés voir la pièce...

Le critique de Libération reproche à Lassale et Fiorentino d’avoir fermé le décor, et juge les personnages étriqués : mais justement, je trouve que c’est ce qui fait la force de la pièce. Ces critiques ne peuvent pas comprendre cela parce qu’ils ne savent pas ce qu’est un quartier populaire, puisqu’ils ne vivent la plupart du temps que parmi les bobos du 5ème, 6ème et 7ème arrondissements de Paris.

Les personnage ssont étriqués parce qu’ils sont simples, et l’espace semble rétréci comme nos quartiers sont souvent rétrécis : on constate souvent, par exemple, que les jeunes des diverses banlieues sortent rarement de leurs quartiers, et, s’ils se rendent à Paris vont toujours au même endroit. Il me semble que les gens du peuple que l’on retrouve dans cette pièce agissent de même, tout simplement, parce que la plupart du temps, la vie de tous les jours s’organise à huit-clos ou presque.

Cette mise en scène renvoie une image des rapports humains ordinaires dans un lieu ordinaire criante de vérité.

C’est une pièce sur la vie de quartier, finalement, avec des sortes de Groseille (voir La vie est un long fleuve tranquille de Chatiliez) ordinaires qui se querellent, mais se retrouvent dès qu’il y a un pigeon pour festoyer.