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C’est le latin que l’on expulse à Malakoff...

Lettre ouverte au Sous-Préfet d’Antony (92)

jeudi 19 octobre 2006, par Robin Delisle

Monsieur le Sous-Préfet d’Antony,

Professeur de lettres classiques au collège Paul Bert à Malakoff, j’enseigne le latin à Crina Moïs. Or j’ai appris avec stupéfaction et émotion que le prochain cours de latin que je lui dispenserai pourrait bien être le dernier. En effet, vos services ont jugé , malgré dix années de présence de ses parents et la naissance de sa petite soeur en France, que la famille MOIS ne correspondait pas aux critères de régularisation.

Je tiens à dire que Crina maîtrise parfaitement la langue française au point que seule la décision de vos services m’a fait prendre conscience de ses origines étrangères.
Son comportement et son attitude devant l’effort en cours de latin sont sans faille. J’ai pour ma part grand plaisir à enseigner les humanités classiques à une enfant aussi intéressée.

Il me semble que des six critères principaux retenus pour régulariser une famille, Nicolas Sarkozy, l’actuel ministre de l’Intérieur, a mis en avant en particulier la volonté de s’intégrer. Or, Crina et sa famille se signalent par un comportement exemplaire, ne vivent pas aux crochets de la société et manifestent un très fort désir d’intégration.

Le choix d’étudier le latin, discipline optionnelle, me paraît tout à fait symptômatique de cette volonté. Les études classiques sont indissolublement liées à la culture française. Vous savez combien ce champ d’étude fut longtemps l’apanage presqu’exclusif de la civilisation française au point que l’on a nommé classique le siècle qui a vu naître Racine et Corneille.

Alors, Monsieur le Sous-Préfet, je vous demande de ne pas renvoyer cette petite latiniste dans un pays qui n’est plus le sien, et de la laisser achever de découvrir les humanités classiques dans le pays qui est désormais le sien.

Veuillez agréer, Monsieur le Sous-Préfet, l’expression de ma haute considération.

Robin Delisle