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Commode, le mal nommé

mercredi 6 juin 2007, par Robin Delisle

Commode

Parcours de Commode

17 1 Aurelius Commodus, Antonini filius, Antoninus et ipse dictus, imperavit annos tredecim. 2 Hic qualis futurus esset, in ipso primordio ostendit. Nam cum in supremis moneretur a parente attritos iam barbaros ne permitteret vires recipere, responderat ab incolumi quamvis paulatim negotia perfici posse, a mortuo nihil. 3 Saevior omnibus libidine atque avaritia, crudelitate, nulli fidus, magisque in eos atrox, quos amplissimis honoribus donisque ingentibus extulerat. 4 In tantum depravatus, ut gladiatoriis armis saepissime in amphitheatro dimicaverit. 5 Huic Marcia, generis libertini, forma tamen meretriciisque artibus pollens, cum animum eius penitus devinxisset, egresso e balneo veneni poculum obtulit. 6 Ad extremum ab immisso validissimo palaestrita compressis faucibus exapiravit anno vitae tricesimo secundoque.

Source : Epitome de Caesaribus par Aurelius Victor

[15] Huius successor L. Antoninus Commodus nihil paternum habuit, nisi quod contra Germanos feliciter et ipse pugnavit. Septembrem mensem ad nomen suum transferre conatus est, ut Commodus diceretur. Sed luxuria et obscenitate depravatus gladiatoriis armis saepissime in ludo, deinceps etiam in amphitheatro cum huiusmodi hominibus dimicavit. Obiit morte subita atque adeo, ut strangulatus vel veneno interfectus putaretur, cum annis XII post patrem et VIII mensibus imperasset, tanta execratione omnium, ut hostis humani generis etiam mortuus iudicaretur.

Source : Abrégé d’Histoire romaine, livre VIII, 15 par Eutrope

1. Commode, de sa nature, était sans méchanceté, sans malice, autant qu’homme du monde ; mais sa grande simplicité et [aussi] sa timidité le rendirent l’esclave de ceux qui l’approchaient ; et l’erreur où ils le tinrent, en lui laissant tout d’abord ignorer le bien, l’entraîna à devenir débauché et cruel par habitude, puis par caractère. [Marc-Antonin me semble aussi l’avoir prévu.] Commode avait dix-neuf ans lorsque son père mourut, lui laissant pour curateurs plusieurs des membres les plus considérables du sénat, dont il abandonna les conseils et les avertissements pour revenir en hâte à Rome, après avoir fait la paix avec les barbares.

Source : Histoire romaine, 72 par Dion Cassius

Gladiator malmène quelque peu l’histoire...

Gladiator

Fiction et mort de Marc-Aurèle

« Les historiens s’interrogent encore à propos du manque de perspicacité du philosophe-empereur Marc Aurèle, qui rompit avec la règle d’adoption des Antonins. De là à imaginer un complot... Dans l’uchronie (*) cinématographique, Marc Aurèle ne meurt pas de la peste, mais assassiné avant d’avoir pu officialiser le choix d’un « dauphin », au détriment de Commode. C’est l’argument suivi par Anthony Mann en 1964, et maintenant par Ridley Scott. La référence à Mann est d’autant plus évidente que dans les deux films Commode périt en gladiateur, dans l’arène, alors qu’en réalité il mourut étranglé par un esclave, dans son lit ! »

(*) Le terme « uchronie » est aujourd’hui à la mode pour désigner toute une catégorie de la science-fiction (les transgressions historiques), mais le terme fut forgé au XIXe s. par le philosophe français Charles Renouvier (1815-1903), dans son livre intitulé Uchronie (L’Utopie dans l’Histoire) (1876), rééd. Fayard, 1988 - précisément pour imaginer ce qu’aurait pu être l’Histoire de l’Occident si Marc Aurèle avait abdiqué en faveur d’Avidius Cassius.

Source : Michel Eloy sur le site de Dominique Charlier

Maximus a-t-il existé ?

Michel Eloy, spécialiste des peplums répond à la question :

« Enfin, je ne suis pas d’accord avec le portrait qui est fait d’Avidius Cassius, qui était un très bon général, mais d’une sévérité qui confinait à la cruauté. Pas question que ses soldats se livrent au pillage sur le dos des civils de l’empire. C’est plutôt rassurant, non ? Cf. l’HISTOIRE AUGUSTE . Un philosophe français du XIXe s., Ch. RENOUVIER a écrit un roman philosophique, Uchronie, où il imagine ce qu’aurait pu être le monde si au lieu de Commode c’eut été le brave Avidius Cassius qui eut pris le pouvoir. Marc Aurèle lui-même déplora sa perte. Quand Commode rancunier monta sur le trône, il fit brûler vifs la femme et les enfants d’Avidius Cassius. En fait, c’est lui le modèle de Maximus...’ »

La carrière d’Avidius Cassius (article de Wikipedia)

Un roman écrit par la romancière Hebe Blanco prend toutefois à contre-pied cette hypothèse :

Le Journal de Julia

Durant une mission pour contrecarrer les projets du général Avidius Cassius qui avait déclaré Marc Aurèle mort et ainsi sauver l’empire du chaos, Maximus va rencontrer Julia, une des esclaves de Cassius. Elle assistera Maximus dans sa mission et en tombera amoureuse. Envoyée à Rome pour commencer une nouvelle vie, elle ne l’a jamais oublié... leurs chemins se croiseront à nouveau bien des années plus tard pour le meilleur et pour le pire ... C’est son journal où elle décrit à travers ses propres mots sa vie et son amour pour Maximus. Retrouver aussi Julia dans l’Histoire de Maximus et celle de Glaucus.

Marc-Aurèle et Commode

Les biographes de l’Antiquité prétendent aussi que, très tôt, le jeune Commode montra à la fois l’instabilité de son caractère, son manque de goût pour les études et les belles lettres, son violent attrait pour les jeux du cirque et, surtout son désintérêt suprême pour le gouvernement de l’Empire. Et pourtant, contrairement à ce que le film "Gladiator" voudrait faire croire, son père Marc Aurèle ne remit jamais en cause sa désignation comme héritier du trône. Les remontrances du Sénat, le mécontentement de la foule, les mises en gardes de ses conseillers n’ébranlèrent pas la détermination du philosophe couronné : ce serait Commode qui lui succéderait, et advienne que pourra… "Après moi, le déluge… !".

Aveuglement paternel caractérisé ? Ou alors Marc Aurèle espérait-il, qu’avec l’âge et l’expérience, son fiston s’amenderait ? Ou bien alors, le vieil empereur pensait-il que son Commode, dégoûté de la politique, abandonnerait les rênes du pouvoir aux mentors sages et expérimentés laissés auprès de lui ! Ou enfin, ultime explication de cet incompréhensible entêtement, peut-être Marc Aurèle, estimait-il que Commode, quel que fût son père et quelles que fussent les tares de son caractère, avait d’imprescriptibles droits au trône romain. En effet, Commode, fils de Faustine, était aussi et surtout le petit-fils d’Antonin le Pieux ! (Voir Tableau généalogique). Un jour, l’empereur-philosophe n’avait-il pas répondu à certains qui l’engageaient à se séparer de son épouse, l’inénarrable Faustine, que s’il abandonnait cette mégère, il lui faudrait également renoncer à la dot de la donzelle, c’est-à-dire l’Empire lui-même !

Et c’est ainsi que, dès ses plus vertes années, le lamentable Commode, gâté-pourri par un entourage trop indulgent à ses faiblesses, fut couvert d’honneurs extravagants et de titres ronflants. À six ans à peine, son père le nommait "César". À onze ans, il recevait le titre de "Germanicus". À 13 ans, il devenait prêtre ("Pontifex"). Et enfin, à quinze ans, son père le nommait "empereur" (27 novembre 177), l’associait au trône, et laissait ce gamin cruel et sournois triompher à ses côtés de par les rues de Rome.

Source : empereurs romains