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François Bayrou et l’étymologie de la banlieue

vendredi 9 février 2007, par Jean Véronis

La Rédaction du Portique publie l’excellent article de Jean Véronis "Lexique, les banlieues c’est la zone" avec l’autorisation de l’auteur, bien entendu.

Lexique : Les banlieues, c’est la zone !

Agrégé de Lettres classiques, François Bayrou est un véritable amoureux de la langue française, comme nous l’avons expliqué avec Louis-Jean dans Combat pour l’Elysée. Hier soir, j’ai regardé la retransmission de son meeting de Bordeaux sur i-Télé, et il nous a encore fait une belle leçon de langue…

Bayrou n’aime pas les mots qu’on utilise pour parler des banlieues. Le mot banlieue lui-même a une connotation déplaisante, puisqu’il rappelle, dit-il, la mise au ban, l’exclusion. En fait, cette dérive est tardive, parce que justement au Moyen-Age, le ban était l’étendue de la juridiction du suzerain, du seigneur (d’où convoquer le ban et l’arrière-ban). La banlieue c’était, vers les Xe et XIe siècles, l’espace d’une lieue qui entourait une ville dans lequel l’autorité avait juridiction. Ce n’était pas une zone d’exclusion. Ce n’est que plus tard, au XVIè siècle que le mot ban a pris le sens d’exil, de rejet, que l’on a encore dans mettre au ban, bannir.

Le mot zone, nous rappelle-t-il, vient de zônê, « ceinture » en grec, et il a tellement été mis à toutes les sauces bureaucratiques qu’il en est devenu insupportable. Je n’avais encore pas vu de candidat qui nous fasse des citations en grec dans ses discours ! Ca décoiffe (mais on n’était pas sur TF1, là !) Et il enchaîne en rigolant les ZUS, les ZUP, les ZES, les ZIF… Cela rappelle l’extrait assez tordant d’un de ses discours de 2005 que nous citions dans le livre (page 105).

Sigles et Z
Délires pour le Z

Combat pour l’Elysée, p. 105

Reste quartier, que Bayrou va utiliser, faute de mieux, sans trop l’aimer non plus. Chirac, lui, dans ses vœux pour 2006, évitait de prononcer le mot banlieues après les événements de l’automne 2005, et parlait de territoires (« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots » disait Jaurès, très à la mode ces temps-ci). L’expression n’avait guère eu de succès.



Dommage, l’extrait qui est sur le site de Bayrou ne contient pas le passage étymologique.
Si quelqu’un l’a enregistré, je suis preneur !


Bref. Le mieux, quand même c’est qu’il n’y en ait plus de banlieues, zones, quartiers ou territoires d’exclus. Bayrou veut en faire sa priorité y réimplanter l’Etat, et les ramener dans la République, et ça c’est une très bonne idée, à mon humble avis.

Source : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=19014