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Démagogues d’hier, démagogues d’aujourd’hui ...

De Cléon à George W Bush

samedi 17 mars 2007, par Robin Delisle

Alexis Pierron, un historien du 19ème siècle, évoque dans son Histoire de la littérature grecque hommes d’états et démagogues au siècle de Périclès. La figure de Cléon a paru suffisamment singulière, et en même en phase avec les dernières années de l’actualité internationale , à la Rédaction du Portique, pour valoir d’être publiée et commentée...

Dès que Athènes se fut laissé corrompre par les enseignements des sophistes, elle devint la proie des démagogues ; et les dernières années de Périclès, attristées par des calamités domestiques, le furent même un instant par l’injustice populaire. Ces chefs nouveaux, dont le peuple raffolait, n’étaient autre chose que les orateurs politiques formés par les sophistes. Ainsi ce que les sophistes ont fourni à la tribune athénienne, ce sont des hommes du genre de Cléon, d’Hyperbolus, de ce Lycon que j’ai nommé tout à l’heure ; c’est une foule de noms plus ou moins honnis dans l’histoire, et dont quelques-uns ne sont même connus que grâce aux sarcasmes des anciens comiques. Le seul de ces orateurs qui paraisse avoir eu un talent assez remarquable, c’est Cléon, comme il était sans doute le seul aussi qui eût du courage. Mais Cléon était un ambitieux sans principes, un homme farouche et emporté. Son éloquence se sentait à la fois et de la violence de son caractère et de la bassesse de son âme. Il avait le geste véhément, et Plutarque dit quelque part que Cléon fut le premier orateur qu’on vit ouvrir son manteau en parlant et se frapper la cuisse. Une certaine adresse impudente lui servait à dissimuler la perversité de ses desseins, et à les faire passer sous le couvert de l’intérêt général ; et sa verve intarissable, son outrecuidance militaire enchantaient les Athéniens. Thucydide dit de Cléon :[brun] « C’était le plus violent des citoyens, et celui de tous les orateurs d’alors dont le peuple goûtait le mieux les conseils 10 . »[/brun] Il fut donné à Cléon de prévaloir jusqu’à sa mort contre les plus gens de bien, et de détruire presque toute l’influence politique de Démosthène et de Nicias, les deux meilleurs généraux de ce temps-là, mais à qui manquait la puissance oratoire. Les autres démagogues ne furent guère que des agitateurs de bas étage, des hommes qui n’avaient pour talent que les roueries et les finesses, non usées encore, de la sophistique.

Source : Alexis Pierron in Histoire de la Littérature grecque, XXXVIII

Ses premiers actes politiques connus sont les attaques qu’il dirige contre Périclès en 431 et 430. Après la mort de ce dernier en 429, il devient le politicien le plus influent de l’époque en partie grace à ses talents oratoires, bien qu’il affiche de mépriser le beau langage.

En 427, il propose un décret punissant de mort les habitants de Mytilène après l’écrasement de leur révolte.

Il est partisan de la victoire militaire à tout prix, tant qu’elle apporte puissance, gloire et richesse au peuple athénien. Après la victoire athénienne à Pylos (425), il refusa les propositions de paix spartiates. Il critique pour leur incompétence les généraux qui assiègent sans succès les Spartiates sur l’île de Sphactérie, et lorsque Nicias suggère de lui donner le commandement de l’armée, il est obligé d’accepter.

Avec l’aide du stratège Démosthène, Cléon tient sa promesse de prendre Sphactérie et de ramener les prisonniers en vingt jours. La prise de Sphactérie et la reddition des Lacédémoniens provoqua un séisme géopolitique dans le monde grec. La supériorité militaire terrestre de Sparte était tant remise en cause que la fière cité proposa de nouveau une "paix blanche" à Athènes. Cette dernière refusa de nouveau sous l’influence de Cléon.

À la même époque, il se rend populaire (par démagogie, accusèrent ses opposants) en portant le salaire des dicastes de deux à trois oboles, et il aurait certainement soutenu, s’il n’en fut pas l’auteur, la forte augmentation du tribut que devaient payer les alliés.

En 423, il fait passer un décret demandant la destruction de Sicyone et l’exécution des ses citoyens.

Après le revers d’Athènes en Thrace, il est élu stratège et commande l’expédition dans cette région, mais après quelques succès le corps expéditionnaire athénien est battu et Cléon est tué lors de la bataille d’Amphipolis par le brillant général spartiate Brasidas (qui meurt également pendant le combat).

Sa mort et celle de Brasidas lèvent tous les obstacles à la paix de Nicias, qui fut signée en 421.

Source : Extrait de l’article Cléon de Wikipedia

[bleu marine]Devinette de la rédaction : quelle guerre récente ayant opposé une grande puissance démocratique mais impérialiste peut faire penser à celles que Cléon mène à Athènes ? Quel homme politique de cette même grande puissance fait singulièrement penser au portrait de Cléon que dressent à 2400 d’intervalles l’historien Thucydide puis l’helléniste Alexis Pierron ? [/bleu marine]

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