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Spartacus et les Gracques s’engagent en faveur de François Bayrou !

vendredi 23 mars 2007, par Robin Delisle

Les références aux figures les plus célèbres de l’histoire Romaine ou aux héros et surtout héroïnes mythiques grecs se multiplient dans la campagne présidentielle. François Bayrou est lui-même un agrégé de lettres classiques et appelle clairement à revitaliser l’enseignement du latin et du grec dans l’enseignement. En dépit d’une certaine et nécessaire réserve, la Rédaction du Portique ne peut ignorer ces éléments.

Tout d’abord, une petite enquête simple : qui étaient Spartacus et les Gracques ?

Appien, historien romain de l’Antiquité évoque ainsi Spartacus :

[bleu marine]A cette même époque, parmi les gladiateurs entretenus à Capoue par les Romains et destinés aux jeux du cirque, se trouvait un Thrace, nommé Spartacus, qui avait autrefois servi dans l’armée, et avait été fait prisonnier et vendu. Il persuada 70 de ses camarades de braver la mort pour recouvrer la liberté, plutôt que de se voir réduit à servir de spectacle dans les arènes des Romains ; et, forçant ensemble la garde chargée de veiller sur eux, ils s’échappèrent. Spartacus et sa bande s’armèrent avec les armes de tout genre dont ils dépouillèrent quelques voyageurs, et se retirèrent sur le mont Vésuve. Là, plusieurs esclaves fugitifs et quelques hommes libres des campagnes vinrent se joindre à lui. La justice rigoureuse qu’il mit dans la distribution et dans le partage du butin lui attira rapidement beaucoup de monde.
... Les Romains ne pensaient pas que ce dût être une guerre dans toutes les formes. Ils croyaient qu’il suffirait contre ces brigands d’entrer en campagne. Varinius Glaber et Publius Valerius furent successivement vaincus. Après ces succès, le nombre des adhérents de Spartacus s’accrut encore davantage, et déjà il était à la tête d’une armée de 70 000 hommes.[/bleu marine]

Spartacus fut finalement vaincu, mais il avait représenté un espoir pour tous les miséreux en Italie face à l’orgueilleuse et aristocratique puissance de la République romaine finissante.

Spartacus n’avait pas été le seul espoir : un siècle auparavant, deux hommes s’étaient levés contre l’oppression.

[vert fonce]Tiberius Sempronius Gracchus fut nommé tribun en 133 av J-C. Conscient du mal que causait l’extension exagérée des grands domaines (latifundia), il proposa une loi agraire qui interdisait de posséder plus de cinq cents jugera ( soit 126 hectares) de terres publiques. Ce-faisant, il empêchait de grands propriétaires de s’accaparer toutes les terres.
Comme les aristocrates avait trouvé en Octavius, un tribun, un homme lige pour s’opposer à sa loi, il ne se démonta pas mais fit voter par le peuple la déchéance des tribuns.
La loi passa. D’autres propositions démocratiques suivirent ce succès. Mais les nobles et l’ordre équestre (sorte de bourgeoisie de l’époque) ne lui pardonnèrent pas l’affront de sa loi agraire, et sous un prétexte fallacieux l’assassinèrent.[/vert fonce]

[violet]Caius Sempronius Gracchus , tribun du peuple, frère du précédent reprit l’œuvre de son frère, et tenta sans succès de faire appliquer la loi agraire. Il la compléta en faisant voter l’établissement de colonies, en particulier à Carthage puis réclama le droit de cité pour les Italiens et proposa une loi frumentaire. Pour ruiner la puissance des grands, il fit transférer le pouvoir judiciaire des sénateurs aux chevaliers, et réforma le mode des élections, Pour se défendre, l’aristocratie gagna le tribun Livius Drusus qui à chaque proposition démocratique de Caius répondit par une autre plus démocratique. La popularité de Caius baissa. On réussit à l’éloigner en l’envoyant fonder la colonie de Carthage.
Au retour il échoua dans sa candidature à un troisième tribunat. Le consul Opimius entreprit de faire abroger ses lois. Isolé et menacé Caïus Sempronius Gracchus fut contraint au suicide.[/violet]

On comprend clairement ces ralliements si l’on a lu le Tiers Etat de François Bayrou. La même volonté de s’opposer aux puissants, de rejeter la mainmise des classes dirigeantes sur un pouvoir érigé en monopole rappellent assurément la lutte des Gracques.

Pour mémoire, rappelons que Spartacus et les Gracques sont deux groupes de haut-fonctionnaires socialistes, l’un anonyme, l’autre identifié, qui ont appelé les socialistes à accompagner François Bayrou ou , tout du moins, à s’allier avec lui et avec sa nouvelle UDF.

Ségolène Royal ne s’y est pas trompée, puisqu’elle a récemment rétorqué en évoquant le destin funeste et tragique des deux tribuns.

Il est évidemment agréable à la Rédaction du Portique et aux amateurs d’humanités classiques de voir ainsi les figures éternelles de l’histoire latine s’inviter dans la campagne. Puissent-elles inspirer les candidats de tout bord politique !

A cet égard, la Rédaction du Portique voudrait rappeler l’importance de la formation classique sur les esprits, et déplore qu’un seul et unique candidat parmi tous les prétendants à la fonction suprême en a rappelé la nécessité. A l’heure où des demandes afflueront pour ouvrir des sections de grec et de latin, ou à l’inverse si un prochain gouvernement avalise la fermeture massive de sections, la Rédaction du Portique saura s’en souvenir.

Messages

  • Bravo d’aider ainsi les pauvres citoyens et les élus incultes à comprendre un peu mieux notre société

  • Ça voudrait dire, dans la bouche de Bayrou : Plus socialiste que moi, tu meurs !
    On n’y croit pas une seconde.
    Spartacus, qui préfère conserver l’anonymat face à la traîtrise, est-il connu du candidat libéral ?
    Si oui, aura-t-il un portefeuille ?
    Quelle sera la récompense de la lâcheté ?
    Quant à se drapper dans l’étoffe d’un
    symbole de la justice sociale pour orienter
    les électeurs vers un candidat libéral, ça
    laisse rêveur, non ?
    Qu’en pense Bayrou ?
    De minimis non curat praetor...

    • L’objectif n’est pas ici de juger de la pertinence du ralliement ou non, ni même d’entrer dans un débat de nature politique, mais d’éclairer les motivations des ralliés et les ponts possibles entre leur perception de François Bayrou et leurs pseudonymes aux connotations fortement sociales.

    • La réponse de Solon aux Gracques : quant les trentenaires répondent aux quinquas !

      L’APPEL DE SOLON SÉGOLÈNE ROYAL, POUR UNE POLITIQUE DE SINCÉRITÉ
      Loin du compromis illusoire, la candidate socialiste incarne l’espoir d’un changement fondé sur un contrat avec les citoyens

      Trentenaires, serviteurs de l’État par choix, et militants socialistes par conviction, nous observons le dépérissement de notre démocratie, où les annonces tiennent lieu de politique et où la gestion masque l’absence de projet. La réponse à cette situation ne réside pas dans la négation des clivages, ni dans la collusion avec un prestidigitateur dépourvu de programme. Elle se trouve dans une réinvention des rapports entre les citoyens et la politique.

      Dans leur récent manifeste, les Gracques en appellent à une alliance entre la candidate socialiste et François Bayrou, candidat de droite. Ils ne perçoivent pas l’ineptie d’une telle coalition, qui pourrait mener notre pays vers des lendemains non moins tragiques que la fin des tribuns romains dont ils ont pris le nom. Ont-ils oublié que les tentatives de réforme conduites à Rome par les Gracques, au IIème siècle avant notre ère, avaient échoué dans la violence ?

      >>> lire la suite sur http://democratie-segolene.blogspot.com/

      Voir en ligne : La réponse de Solon aux Gracques : quant les trentenaires répondent aux quinquas !

  • Je ne voudrais pas paraître vexant, mais je ne vois pas le rapport entre le texte qui figure sur votre site et Solon.

    Peut-être pourriez-vous éclairer ma lanterne, car je suis comme ce philosophe qui cherchait ainsi la vérité dans la nuit...

  • Je suis un peu embarassé par M. Bayrou. Homme de conviction, certes, mais de quelle conviction ? Européen convaincu, élu trois fois au Parlement européen, et n’y siégeant que deux ans... Chrétien convaincu, M. Bayrou aurait peut-être un problème avec la laïcité, ce qui n’a pas échappé à l’UOIF. Est-il exact que M. Bayrou n’a pas voté la loi sur les signes religieux ostensibles ?.. Partisan d’une économie sociale de marché (cf texte du traité constitutionnel européen), M. Bayrou insiste lourdement sur le problème de la dette publique. Il n’a pas tort, mais je suis gêné de trouver, parmi les soutiens de M. Bayrou, l’ancien gouverneur du FMI, M. Camdessus, qui a appliqué avec le doigté d’un rouleau compresseur la doctrine du FMI aux pays en développement endettés. M. Camdessus est aussi l’auteur d’un rapport ultra-libéral (disons : thatchérien)sur les réformes à appliquer en France.
    Quant aux Gracques et au nouveau mouvement spartakiste (!!), il représente assez bien cette tendance des notables qui "ont été", voudraient bien "être encore", et seraient prêts à quitter, qui la banque d’affaires, qui les hautes fonctions à la Cour des Comptes, etc, pour reprendre du service actif.