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François Bayrou est le candidat du Portique

vendredi 20 avril 2007, par Robin Delisle

François Bayrou, le candidat de la culture

Les dernières heures des présidentielles approchent, aussi, ai-je décidé de m’engager à mon tour en dévoilant le candidat qui me semble le plus susceptible de porter un projet humaniste.

Ce candidat, sans conteste, c’est pour moi François Bayrou. Il est en effet le seul à avoir fait de la culture la clef de voûte de son projet, et, également le seul à avoir évoqué les humanités classiques et notamment le bon usage du grec et du latin pendant la campagne présidentielle . Par ailleurs, j’approuve son positionnement sur la plupart des grands problèmes de la France, partageant en grande part [marron]le point de vue[/marron] de L’Etranger d’Elée qui a publié un édito dernièrement sur le Portique à ce sujet.

Ségolène Royal l’absente

J’aurais aimé connaître davantage le projet de Ségolène Royal en ce qui concerne les humanités classiques : des échos laissent entendre que l’on peut parler culture avec elle, mais, des échos ne demeurant que des échos, il n’est pas possible de s’y fier plus que cela. Il y a bien sûr Jack Lang dans son équipe, un homme que l’on sait philhellène, mais le parti socialiste n’as pas particulièrement brillé de 1997 à 2002 par son amour des lettres et humanités classiques si bien qu’il n’est pas possible de se faire une idée sur l’état de leur conviction. Tout juste peut-on dire que l’on ne trouve rien sur le site du PS à ce sujet.

Nicolas Sarkozy dans le Jardin du Bien et du Mal

J’ai longtemps vu en Nicolas Sarkozy un homme qui s’intéressait à la culture classique, en raison des présences de François Fillon et Henri Guaino à ses côtés d’une part, et de la qualité de ses discours, notamment son appel à étudier Antigone de Sophocle au collège , mais [*deux faits récents*] sont venus briser cette image positive, du point de vue des lettres et des humanités.

Le [*premier*], ce sont ses considérations sur la pédophilie et la possibilité qu’un enfant naisse pédophile. Si le pouvoir médiatique a accepté l’escamotage qui consiste à réduire cette déclaration à un débat sur l’inné et l’acquis, moi, je ne l’entends pas de cette oreille.
Faire de la pédophilie un trouble génétique, c’est admettre qu’il existe des êtres naturellement mauvais, et c’est bien là où le propos me semble inacceptable, a fortiori quand il s’agit d’enfants innocents.

Ce n’est pas à tort que François Bayrou a qualifié de glaçantes de semblables déclarations ou encore que Monseigneur Jean XXII s’est insurgé contre une vision qui reviendrait à interdire toute réforme et par là toute amélioration personnelle à l’individu..

Je ferais appel à un philosophe et un Sophiste fameux pour récuser cette thèse :
Socrate et Protagoras (dans le dialogue du même nom de Platon) apportent deux réponses différentes, l’un pariant sur l’inné, l’autre sur l’acquis, mais infirmant autant l’une que l’autre la position de Nicolas Sarkozy. Protagoras, par la biais d’un mythe qui fait intervenir Epiméthée et Prométhée avance que tous les hommes participent de manière égale à la vertu par nature. Ainsi, même si le bien ou le mal étaient quelque chose d’inné, les hommes en participeraient également. Pour Socrate, au contraire, la vertu n’est pas quelque chose d’inné, mais elle est une science qui peut faire l’objet d’un enseignement, et donc, celui qui agit mal, agit par ignorance et notamment ignorance du Bien.
Ainsi, inné ou acquis, les hommes, d’une manière ou d’une autre peuvent participer également au bien et au mal.

Le[* second*] figure dans le quotidien 20 Minutes du mardi 17 avril et je la cite :

« Je veux faire revenir en France les créateurs, les innovateurs, les artistes. [brun]Le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne[/brun] si au bout, il y a 1 000 étudiants pour deux postes. »

Faire du latin et du grec de futurs bouc-émissaires et opposer de manière aussi peu subtile créateurs, innovateurs et artistes d’un côté et étudiants en littérature ancienne de l’autre est tout simplement indigne, d’autant que cela revient à ignorer si ce n’est occulter la part de novation issue du monde antique qui réside dans beaucoup de créations, y compris économiques, aujourd’hui. Je considère donc ces propos comme un casus belli.

Les autres candidats

L’honnêteté commande enfin de signaler que les candidats Philippe de Viliers et Gérard Schivardi [*ont répondu au questionnaire adressé par la CNARELA*] (Coordination Nationale des Associations Régionales de Langues Anciennes). La CNARELA a également rencontré Jean-Léonce Dupont, le conseiller de François Bayrou. Silence radio chez les autres candidats : on ne sait pas ce qu’ils pensent, et ils n’ont dans leurs écrits jamais fait mention du latin et du grec, à la notable exception de Jean-Marie Le pen qui se réclame parfois du Bien, du Vrai et du Beau sans que l’on sache toutefois ce qu’il entend vraiment exactement, par ces notions platoniciennes...

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