Le portique

css standard ;css none

Thersite ou la liberté de parler

lundi 26 novembre 2007.

En des temps où l’on évoque beaucoup la liberté de parler, en particulier dans notre microcosme politique, il existe un exemple d’individu, envers et contre les apparences, dont un rhéteur fameux au IVème siècle après Jésus Christ, a pris la défense. Il s’agit d’un individu misérable qu’Homère, dans l’Iliade, n’évoque que quelques lignes. Il s’appelle Thersite, a une voix criarde, provoque outrancièrement Agamemnon et finit par se faire chasser par Ulysse d’un sévère coup de bâton sur le dos. Et pourtant, de cet homme insignifiant et geignard, face aux héros grecs, Libanios, le rhéteur, en a fait le héraut de la liberté de parler. C’est un helléniste talentueux, Fernand Lemaire, qui en a réalisé une traduction en français, en compagnie d’un maître de conférences de l’Université de Rennes, Michel Rochel, et du webmestre du Portique, il y a de cela quelques années.

1. J’en demande bien pardon à Homère, mais je m’en vais faire l’éloge d’un homme dont il a voulu dire du mal, c’est-à-dire Thersite. J’essaierai de m’exprimer en peu de mots sur ce sujet, en produisant même sur certains points le témoignage d’Homère en personne.

2. Tout d’abord, il n’était pas issu de parents médiocres ni obscurs, à moins que l’on trouve médiocres Agrios et son père et le père de son père, mais aucune personne de bon sens ne le ferait. Voilà pourquoi, si Thersite avait voulu se glorifier auprès des Grecs en évoquant ses ancêtres, comme l’a fait Diomède, son parent, il n’aurait pas eu la moindre difficulté, mais il aurait pu, lui aussi, dire :

« A Porthée, en effet, naquirent trois enfants sans tache ». Pourtant, même quand il fut la victime d’Ulysse, il ne mentionna aucunement ses pères, tel un homme prétendant ne tenir que de lui seul et de ses actes sa réputation auprès des autres.

4. Mais la maladie n’altéra pas l’âme de notre héros et n’en chassa ni le courage ni le désir de gloire. En voici un indice : quand les Atrides rassemblaient leur expédition contre les Barbares, bien que Thersite eût un prétexte honorable de rester inactif, s’il l’avait voulu, il ne se soumit pas à l’infortune de son corps mais, quoique étant relevé de l’obligation des serments qui forçait les autres à s’embarquer, il fit le voyage comme un homme qui a prêté tous les serments et il s’irritait contre les réfractaires, lui le boiteux, le bancal qui considérait que ce que la guerre réclamait, c’était une âme capable d’audace, si bien qu’à mon avis, il incita également les autres à élever leur esprit, en jetant un corps comme le sien dans la guerre de Troie.

5. En effet, qui parmi les autres Grecs n’aurait pas été honteux de chercher à être dispensé du service quand Thersite, lui, ne rêvait qu’armes et blessures ? Apprenant – comme on peut le croire – qu’Ulysse et le joli fils de Pélée tentaient vilainement de se soustraire aux luttes, et que ce dernier se réfugiait dans des atours de fillette tandis que l’autre feignait la folie, il se répandit en railleries et tint les discours que méritait une semblable lâcheté, mais sans jalousie pour l’intelligence du premier ni pour le courage du second, car alors il aurait pu jalouser Ajax, le fils de Télamon et aurait pu jalouser Nestor, au parler plus doux que le miel.

6. Mais, je pense, il lui était impossible de ne pas blâmer celles d’entre les actions qui étaient mauvaises. Par contre, il ne s’opposa pas à Achille quand celui-ci convoqua l’assemblée pendant l’épidémie, et ne manifesta aucune joie quand on retira au même Achille sa part d’honneur, mais il montra au contraire le même déplaisir que lui. Et quand Ulysse conduit le cortège, Thersite ne dénigre pas celui qui l’a choisi. Non : c’est quand les actions qui s’accomplissaient n’étaient pas correctes qu’il était poussé à s ’exprimer et à lancer ses accusations contre les fautifs, sans redouter les bonnes fortunes échues à quelques-uns, sans flatter les hommes qui détenaient la souveraineté, et, d’autre part, en se montrant hargneux à l’ égard de la masse, couvrant de boue et malmenant tout un chacun parmi les moins puissants.

7.C’est qu’il savait qu’il suffit à ceux-ci de ne pas vivre dans la mollesse pour garder leur bon sens, tandis qu’à ceux qui vivent dans la puissance, les tables bien garnies et les richesses, il faut quelqu’un qui possède de la grandeur d’âme ainsi qu’un franc-parler salutaire, qui fût en mesure de connaître les manquements, de les blâmer, de les condamner à grands cris pour en empêcher certains et corriger les autres, et qui ne craindrait rien du tout, ni un sceptre ni l’ascendant d’un homme, ni une masse de partisans, ni les défenseurs de ces gens-là.

8.Plus tard, à Athènes, la même qualité s’est retrouvée chez Démostène, qui jugeait que le bien commun passait avant ses propres intérêts : s’il prononçait sciemment des discours qui devaient contrarier le peuple, c’est qu’il faisait le choix de chagriner celui-ci plutôt que de lui complaire à mauvais escient.

9. Tel est le poste de combat où Thersite lui aussi avait pris position. Nombreuses - on peut le croire - furent les assemblées qui bénéficièrent de nombreuses et belles interventions de notre orateur dont les paroles ne traitaient pas les grands sujets en mots trop brefs, mais qui déployait ses discours jusqu’à la longueur voulue, et il est tout à fait juste d’admirer cet homme à qui Homère lui-même fait l’honneur de le mentionner.

10. Car que voyait-il, notre héros ? L’homme qui prétendait commander aux autres était sous la coupe de femmes, de captives : il s’était rendu responsable de la peste qui avait frappé le camp, détachait Achille des ses forces - dans le premier cas à cause de la fille de Chrysès, dans le second à cause de celle de Briseus -, et ne songeait qu’à jouir de beaux corps, sans se soucier de savoir si la situation n’allait pas de ce fait empirer pour les Achéens. En outre, il évoquait une retraite à la cantonade tandis que, discrètement, il préparait la poursuite du siège : il disait lui-même une chose mais en faisait une autre par l’entremise de ses courtisans, commettant ainsi un acte indigne non seulement d’un roi mais de tout homme honnête. Voilà pourquoi Thersite s’avança devant l’assemblée pour y user de paroles dignes de ses origines : sans détour, il dénonça l’amour que l’autre portait aux richesses, ce qu’Achille avait déjà dit auparavant à son adresse. En vérité, comment ne serait-il pas étrange que, quand c’est Achille qui parle, son discours ne soit pas insensé, et qu’il le soit dans la bouche d’un autre ?

11. C’est donc l’équité de Thersite qui est mise en relief par la justesse de ses accusations, son souci de la communauté par son indignation quand Achille a quitté l’alliance, et son courage par les reproches hardis qu’il adresse au chef suprême ainsi que par l’affirmation que que le héros offensé vaut mieux que celui-ci.

12. D’autre part il assaillait des villes et faisait des prisonniers, comme l’attestent les propos par lesquels il s’exprime à son propre sujet. Jamais, en effet, il ne se serait flatté avec autant d’impudence au milieu de témoins de l’inverse : au contraire, avec les faits pour témoins, il a usé à bon droit, lors de l’assemblée, de nobles paroles, – à moins de dire qu’il était fou. Mais cela, du moins, Homère ne l’a pas prétendu : il a seulement dit qu’il avait le crâne en pointe et le poil rare, que ses discours étaient interminables, et cetera, sans ajouter un mot à propos de folie. Or, l’homme sensé ne peut jamais avoir un comportement qui soit le propre du fou. Donc, Thersite était réellement l’un de ceux que redoutaient les ennemis, si du moins il a emmené en captivité les fils de ces gens-là.

13. Mais s’il en allait autrement, et si Thersite n’avait été qu’un poids mort, il n’aurait pas pris part à l’expédition, car Diomède ne l’aurait absolument pas permis. Si l’on avait malgré tout négligé de prendre cette mesure, Diomède n’aurait pas laissé Thersite importuner les assemblées ni se faire à lui-même des éloges inadmissibles, car il savait bien que la honte en aurait rejailli sur lui-même.

14. Allons, en quoi dans ses discours notre héros était-il inférieur à Nestor ? Ou plutôt, sous quel aspect n’était-il pas meilleur ? Car le Pylien ménage les deux chefs, tant l’agresseur que l’offensé : il était bien informé de tout, mais il n’ose pas dire ouvertement ce qu’il pense.

15. De son côté, Thersite ne met pas de gants : il place la vertu avant tous les risques. En outre, il n’a dit pas cela par jalousie contre le roi à propos de Briséis, mais parce qu’il voyait ce qui arriverait si Achille ne participait plus aux combats, — ce qu’Homère lui-même raconte. Chez Thersite, le franc-parler apparaît plus grand que chez Nestor « qui régnait sur la troisième génération » (Iliade, I, 252. Si nous admettons que les sujets de Nestor de la 3e génération suivant la naissance de Nestor ont 30 ans, cela nous fait 90 ans pour le roi. C’est l’âge qu’avait Isocrate quand il écrivit à Philippe de Macédoine qu’il commençait à devenir un peu vieux pour faire le voyage d’Athènes en Macédoine).

16. Thersite ne haïssait donc pas particulièrement Achille : il ne le blâmait—on peut le croire—que quand celui-ci se gonflait d’orgueil mais prenait parti pour lui contre les autres s’il le fallait, car il n’admettait pas que quiconque soit lésé par quiconque.

17. En outre, ses discours avaient bon renom : les Grecs en ont témoigné en ne disant pas qu’il fallait l’expulser quand il est intervenu à brûle-pourpoint et en ne réclamant aucune punition pour les paroles prononcées, se disant , je pense, que c’étaient peut-être des paroles empreintes de vérité. Pourtant il y avait bien là un homme qui était déchaîné comme un ivrogne, qui se voulait un orateur, qui était ulcéré par le flot des discours de Thersite et qui par son langage faisait honte à la rhétorique.

18. Ainsi donc, notre héros a eu les deux personnages pour témoins de la justesse de ses dires, tant celui qui l’avait frappé qu’Agamemnon, celui-ci à cause de son silence même et l’autre par le simple fait de l’avoir frappé, car ce faisant il reconnaissait qu’il n’avait aucun moyen de le réfuter, et ceci n’est pas un blâme adressé à la victime, mais bien à l’auteur du fait.

19. On aurait encore le droit d’incriminer le sort à propos de la fameuse infirmité, et, à propos de la fameuse insolence, celui-là qui a transgressé les règles d’Hybris. Quant à Thersite, on peut enfin l’admirer pour avoir su endurer les mauvais traitements sans passer à l’ennemi, qu’il aurait sûrement encouragé et rendu audacieux en lui communiquant les secrets des Grecs.

Ἐγκώμιον Θερσίτου

1.Παραιτησάμενος Ὀμηρον ἔχειν μοι συγγνώμην ὅν ἐκεῖνος εἰπεῖν ἐβουλήσθη κακῶς, τοῦτον αὐτος ἐγκωμιάζειν ἐπιχειρῶ, Θερσίτην λέγω. Πειράσομαι δὲ περὶ αὐτοῦ διαλεχθῆναι μικρὰ καὶ τὸν Ὅμηρον αὐτον ἔς τινα παρεχόμενος μάρτυρα.

2. Πρῶτον μὲν τοὶνυν οὐκ ἐκ φαύλων οὐδὲ ἀνωνύμων ἦν γονέων, εἰ μὴ φαῦλον τις ἡγεῖται τὸν Ἄγριου καὶ τὸν τούτου πατέρα καὶ τὸν ἐκείνου, ἀλλ’ οὐδείς ἄν εὖ φρονῶν. Ὥστ’ εἴπερ ἐβούλετο θερσίτης ἐν τοῖς Ἕλλησι σεμνύνειν ἑαυτὸν ἀπὸ τῶν προγόνων, ὥσπερ ὁ τούτου συγγενὴς Διομήδης, οὐκ ἄν ἤπόρησεν, ἀλλ’ εἶξεν ἄν καὶ αὐτὸς εἶπεῖν. Πορθεῖ γὰρ τρεῖς παῖδες ἀμύμονες ἐξεγένοντο. Νῦν δὲ οὐδ’ ὅτε ἠδικεῖτο ὑπ’ Ὀδυσσέως, ἐμνήσθη τῶν πατέρων, ὡς ἄν τις ἀξιῶν αὐτος ἀπὸ τῶν αὑτοῦ παρὰ τοῖς ἄλλοις εὐδοκιμεῖν.

3. Τραφεὶς τοὶνυν, ὡς εἰκὸς τὸν ἐκ τοιούτων, καὶ δυνάμενος ἔργων κοινωνεῖν τοῖς ἤρωσι πρεπόντων ἥκε μὲν ἐπὶ τὸν σῦν, ὅτε δὴ καὶ τοὺς ἄλλους ἅπαντας τοὺς ἀρίστους ὁ Μελέαγρος ἐπὶ τὸν τῆς χώρας ἐκεῖνον λυμεῶνα συνῆγεν, ἀπελθὼν δὲ ἐκεῖθεν ἠσθένησέ τε καὶ ἡ νόσος αὐτῳ τὸ σῶμα κατέβλαψεν.

4.Οὐ μὴν τὴν γε ψυχὴν ἐποίησε χείρονα οὐδὲ ἐξέβαλεν αὐτῆς οὔτε τὴν ἀνδρείαν οὔτε τὸ δόξης ἐπιθυμεῖν. Σημεῖον δὲ, τῶν γὰρ Ἀτρειδῶν ἀγειρόντων τὸν ἐπὶ τοὺς βαρβάρους στόλον ἔχων πρόφασιν εὐπρόσωπον, εἴπερ ἐβούλετο ῥᾳθυμεῖν, τὴν περὶ τὸ σῶμα τύχην οὐκ ἤνεγκεν οἴκοι μένων περὶ τῶν ἔργων ἀκούειν, ἀλλ’ ἀφειμένος τῆς ἀπὸ τῶν ὅρξων ἀνάγκης, ἥ τοὺς ἄλλους εἰς τὰς ναῦς ἐνεβίβαζεν, ὥσπερ ἅπαντας ὅρκους ὀμεμυκὼς ἐπλει καὶ παρωξύνετο κατὰ τῶν ἠδικότων ὁ χωλὸς καὶ φολκὸς νομίζων δεῖσθαι τὸν πόλεμον ψυχῆς τολμᾶν ἐπισταμένης, ὥστε μοι δοκεῖ καὶ τοὺς ἀλλους εἰς τὴν ἀναγωγὴν ποιῆσαι προθυμοτέρους ὁ τοιοῦτον σῶμα τῷ Τρωικῷ πολέμῳ συνεισφέρων.

5.Τίς γὰρ οὐκ ἄν ᾐσχύνθη τῶν ἄλλων ἀστρατείαν εἶναι ζητῶν Θερσίτου δοράτων καὶ τραυμάτων ἐρῶντος ; ἀκούων δέ, ὡς εἰκός, Ὁδδυσέα τε καὶ τὸν Πηλέως τὸν καλὸν αἰσχρῶς ἑαυτοὺς ἐκκλέπτειν τῶν ἀγώνων πειρωμένους καὶ τὸν μὲν σχῆμα κόρης, τὸν δὲ δόξαν μανίας ὑπεισιόντα κατεγέλα τε καὶ λόγους ἔλεγε πρέποντας τῇ τοιαύτῃ κακίᾳ οὐ φθονῶν τῷ μὲν τῆς συννέσεως, τῷ δὲ τῆς ἀνδρείας, ἐπεὶ οὕτω γ’ἄν ἐφθόνει μὲν Αϊαντι τῷ Τελμῶνος, ἐφθόνει δὲ τῷ γλυκυτέρῳ τοῦ μέλιτος Νέστορι.

6.Ἀλλ’ οἶμαι, τὰ κακὰ τῶν ἔργων μὴ κακίζειν οὐκ εἶχεν. Οὐκοῦν οὔτ’ ἀντεῖχεν Ἀχιλλεῖ ποιοῦντι τὸν ἐν τῇ νόσῳ σύλλογον οὔτ’ ἐφήσθη τὴν τιμὴν ἀφαιρεθέντι, ἀλλ’ αὐτῷ τοὐναντίον συνάχθεται. Οὐ τοίνυν οὐδὲ Ὀδυσσέως τὴν θεωρίαν ἀπάγοντος διαβάλλει τὸν ἐλόμενον. Ἀλλ’ ὑπὸ τῶν οὐκ ὁρθῶς πραττομένων ἐκινεῖτο πρὸς λόγους καὶ τὰς κατὰ τῶν ἁμαρτανόντων αἰτίας οὐ δεδιὼς τὰς τύχας ἐνίων οὐδὲ τοὺς μὲν δυναστείαν ἔχοντας κολακεύων, τοῖς δὲ τοῦ δήμου χάλεπος ὤν καὶ προπηλαχίζων καὶ ἐλαύνων ἕκαστον τῶν ἀσθενεστέρων.

7.ᾕδει γὰρ ὅτι τούτοις μὲν εἰς τὸ σωφρονεῖν ἀρκεῖ τὸ μὴ τρυφᾶν, τοῖς δὲ ἐν ἀρχαῖς καὶ πλήρεσι τραπέζαις καὶ πλούτοις δεῖ τινος ἔχοντος φρόνημα καὶ παρρησίαν συμφέρουσαν, ὅς ἔμελλεν σἴσεσθαι τὰ ἁμαρτανόμενα καὶ ἐπιπλήξειν καὶ καταβοήσεσθαι καὶ τὰ μὲν διακωλύσειν, τὰ δὲ ἐπανορθώσειν καὶ δείσειν τῶν ἁπάντων μηδέν, μὴ σκῆπτρον, μὴ δεινότητα ἀνδρός, μὴ φίλων πλῆθος, μὴ τοὺς ἐκείνων προβεβλημένους.

8.Οἷον ὕστερον συνέβῃ γενέσθαι παρ’ Ἀθηναίοις τὸν Δημοσθένην, ᾁ τὸ κοινῇ συμφέρον πρὸ τῶν αὑτῷ λυσιτελούντων ἐκέκριτο καὶ λέγων οἷς ᾔδει τὸν δῆμον ἀνιάσων μᾶλλον ᾑρεῖτο λυπεῖν ἤ χαρίζεσθαι κακῶς.

9.Ἐπὶ ταύτης αὑτον καὶ Θερσίτης ἔταξε τῆς τάξεως. Καὶ πολλαὶ μέν, ὡς εἰκός, ἐκκλησίαι πολλὰς καὶ καλὰς ἐδέξαντο δημηγορίας τοῦ ῥήτορος οὐ βραχέα περὶ μεγάλων λέγοντος, ἀλλ’ ἐκτείνοντος πρὸς τὴν χρείαν τοὺς λόγους, πάνυ δ’ ἄξιον ἄγασθαι τοῦτον τὸν καὶ παρ’ Ὁμήρου μνήμης ἠξιωμένον.

10.Ὁρῶν γὰρ ἐκεῖνος τὸν ἄρχειν ἀξιοῦντα τῶν ἄλλων αἰχμαλώτοις δουλεύοντα γυναιξὶ καὶ ποτὲ μὲν αίτιον λοιμοῦ τῷ στρατοπεδῳ γινόμενον, ποτὲ δὲ ἀποκόπτοντα ( ?) τῆς δυνάμεως τὸν Ἀχιλλέα νῦν μὲν διὰ τὴν Χρύσου, νῦν δὲ διὰ τὴν Βρισέως καὶ σκοποῦντα μόνον ὅπως ὥρας ἀπολαύοι σωμάτων, εἰ δ’ἐντεῦθεν ἔτι χεῖρον ἕξει τὰ πράγματα τοῖς Ἀχαιοῖς οὐ προτιμῶντα καὶ ἐν μὲν τῷ φανερῷ μεμνημένον φυγῆς, λάθρα δὲ κατασκευάζοντα τὴν μονὴν καὶ τὰ μὲν αὐτὸν λέγοντα, τὰ δὲ διὰ τῶν κολάκων πράττοντα καὶ ποιοῦντα ἔρεγον μὴ ὅτι βασιλέως, ἀλλ’ οὐδὲ ἰδιώτου χρηστοῦ παρελθὼν μάλα ἀξίοις τοῦ γένους ἐχρήσατο λόγοις τὴν φιλοχρηματίαν εὐθὺς προφέρων, ὅ καὶ παρ’ Ἀχιλλέως εἰς αὐτον εἶρητο πρότερον. Καίτοι πῶς οὐ δεινόν, ὅταν μὲν Ἀχιλλεὺς λέγῃ, μὴ εἶναι τὸν λόγον ἀνόητον, ὅταν δὲ ἕτερος ;

11.οὐκοῦν τὴν μὲν τοῦ Θερσίτου δικαιοσύνην <δεικνύει> τὸ τἀληθῆ κατηγορηκέναι, τὴν δ’ ὑπὲρ τῶν κοινῶν φροντίδα τὸ τῆς συμμαχίας ἀποστάντος Ἀχιλλέως ἀγνακτεῖν, τὸ δὲ ἀνδρεῖον τὸ θαρρούντως ἐπιτιμᾶν τῷ τὴν ἀρχὴν ἔχοντι καὶ τὸ φάσκειν εἶναι τὸν ὑβρισμένον ἐκείνου κρείττονα.

12.Ὡς δὲ καὶ πολέσι προσέβαλλε καὶ αἰχμαλώτους ῇρει δῆλον οἶς περὶ αὑτοῦ λέγει ποιεῖ. Οὐ γὰρ ἄν ἐν τοῖς τἀναντία συνειδόσιν οὕτως ἀναιδῶς ἠλαζονεύετο, ἀλλ’ ἔχων μαρτυροῦντα τὰ πράγματα σεμνοῖς εἰκότως ἐπὶ τῆς ἐκκλησίας ἐχρῆτο τοῖς λόγοις, πλὴν εἰ μὴ μεμηνέναι φαίη τις αὐτόν. Ἀλλ’οὐχ Ὄμηρός γε τοῦτο ἔφησεν, ἀλλὰ φοξὸν μὲν καὶ ψεδνὴν λάχνην καὶ μακρολογεῖν καὶ τὰ τοιαῦτα εἶπε, τοῦτε δ’οὐ προσέθηκεν. Οὐκοῦν ἅ γε τοῦ μεμηνότος ἐστὶν ὁ σωφρονῶν οὐκ ἄν ποτε κάθοι. Εἶς οὖν ἧν τῶν τοῖς πολεμίοις φοβερῶν ὁ Θερσίτης, εἴ γε τοὺς υἱοὺς ἐκείνων δεσμίους ἦγεν.

13.Εἰ δὲ μὴ οὕτω ταῦτ’ εἶχεν, ἀλλ’ ἦν παντάπασιν ἄχρηστος, οὐκ ἄν ἤκε τὴν ἀρχὴν οὐκ ἐῶντος τοῦ Διομήδους · εἰ δὲ καὶ τοῦτο παρώφθη, ταῖς γε ἐκκλησίαις οὐκ ἄν ἐνοχλεῖν ἐπέτρεπεν οὐδὲ τὰ μὴ προσήκοντα αὐτὸν ἐγκωμιάζειν εἰδὼς ὅτι καὶ αὐτὸς ἄν μετεῖχε τῆς αἰσχύνης.

14.Φέρε δὴ, τί τούτοις ἧν τοῖς λόγοις χείρων τοῦ Νέστορος ; μᾶλλον δέ, πῶς οὐ βελτίων ; ὁ μὲν γὰρ ἀμφοτέρους θεραπεύει, τὸν τε ἠπειληκότα καὶ τὸν ὑβρισμένον, καὶ οἶδε μὲν ἅπαντα καλῶς, εἰπεῖν δὲ ἅ φρονεῖ καθαρῶς οὐ τολμᾷ.

15.Θερσίτης δὲ οὐδὲν προκαλυψάμενος πρὸ τῆς τύχης τὴν ἀρετὴν ἅγει. Καὶ ταῦτα ἔλεγεν οὐ ζηλοτυπῶν αὐτον τῆς Βρισηΐδος, ἀλλ’ ὁρῶν ἅ συμβήσεται μὴ συμπολεμοῦντος Ἀχιλλέως, ἅ καὶ αὐτὸς Ὅμηρος διηγεῖται φαίνετ’ οὗν ἡ παρρησία παρὰ τῷ Θερσίτῃ μείζων ἤ παρὰ τῷ Νέστορι τῷ γενεᾶς βασιλεύοντι τρίτης.

16.Οὔκουν ἐμίσει μάλιστα τὸν Ἀχιλλέα, ἀλλ’ ἐκεῖνον μέν, ὡς εἰκὸς, ὀγκούμενον κατεμέμφετο, τοῖς δ’ ἄλλοις, ὁπότε καιρὸς ἦν, ὑπὲρ ἐκείνου προσέκρουρν οὐδένα ὑπ’ οὐδενὸς τό γε αὑτοῦ μέρος ἐῶν ἀδικεῖσθαι.

17.Καὶ ὅτι γε ηὐδοκίμει λέγων, ἐμαρτύρησαν οἱ Ἕλληνες οὔτεκβαλεῖν μεταξὺ λέγοντα δεῖν εἰπόντες οὔτε δίκην ἀπαιτῆσαι τῶν εἰρημένων ὡς ἄν, οἶμαι, μετ’ ἀληθεὶας εἰρημένων. Ἀλλὰ τις ἦν ὁ παροινῶν, ὁ ῥήτωρ εἶναι βουλόμενος, ὁ δακνόμενος τῷ ῥεύματι τῶν τοῦ Θερσίτου λόγων καὶ ῥήματι διαβάλλων τὴν τέχνην.

18.Ἀμφοτέρους τοίνυν ἔλαβε μάρτυρας ἀνὴρ ἐκεῖνος τοῦ δικαίως κεχρῆσθαι τοῖς λόγοις, τὸν τε πλήξαντα ἐκεῖνον καὶ τὸν Ἀγαμέμνονα, τὸν μὲν τῷ σιγῆσαι, τὸν δὲ αὐτῷ τῷ πλῆξαι. Τοῦ γὰρ μηδὲν αὐτον ἔχειν ἐλέγχειν ὁμολογία τοῦτό γ ἦν, οὐ δὴ τοῦ πεπονθότος τοῦτο ψόγος, ἀλλὰ τοῦ δράσαντος.

19.Καὶ μέμεφοιτ’ ἄν τις εἰκότως ὑπὲρ τοῦ σώματος τὴν τύχην, ὑπὲρ δὲ τῆς ἀσελγείας τὸν παραβάντα τοὺς τῆς Ὕβρεως νόμους. Θερσίτης δὲ καὶ ταύτῃ θαυμάζοιτ’ ἄν, ὅτι πάσχων κακῶς ἠπίστατο φέρειν καὶ οὐκ ηὐτομόλησε παρὰ τοὺς πολεμίους, οὕς καὶ ἐπῆρεν ἂν καὶ θρασεῖς ἐποίησε πάντα ἐξαγγείλας τὰ τῶν Ἑλλήνων ἀπόρρητα.

Signatures : 0