Le portique

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Réminiscences européennes

mercredi 27 avril 2005, par Robin Delisle

Ainsi commence le nouveau texte de la future constitution européenne :

« [...]S’INSPIRANT des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe, à partir desquels se sont
développées les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la
personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit [...] »

Voilà un incipit qui appelle une mûre réflexion.
Car, enfin, quels sont donc ces héritages culturels, religieux et humanistes ? Ce sont bien ceux-là qui ont généré les valeurs universelles dont se réclame l’Europe toute entière désormais.
La référence à l’héritage humaniste n’est pas passée inapperçue des humanistes eux-mêmes. Car pour s’inspirer de ces héritages, encore faudrait-il pouvoirles transmettre.
Dans le moment même ou un texte fondateur pour l’avenir en appelle en préambule même du préambule la source de ce qui la constitue, les états , eux, oublient ce qu’ils doivent à l’humanisme et donc à sa racine, la civilisation gréco-latine.

Le rapport que chaque individu entretient avec les langue et civilisation gréco-latines relève d’un mécanisme méta-cognitif comparable à celui que Platon décrit dans le Théétète.
Les mots, les habitudes sont autant de vestiges vivants dans l’inconscient collectif européen de ce que leur ont laissé les Anciens.

Le latiniste francophone sait que le mot vestiges vient de vestigia en latin que l’on peut traduire par traces ou encore empreintes. Platon dans le Théétète se représente la réappropriation des Idées sous la forme suivante :
L’esprit est un bloc de cire dans lequel il existe des empreintes. Ces empreintes sont la trace qu’ont laissé les Idées dans l’âme au fil de ses vies antérieures.
On peut ainsi analyser la pérennité du substrat gréco-latin au sein chaque européen, à la fois si proche et si distant. De là cette intuition confuse chez les jeunes enfants, peut-être une réminiscence, d’être en face de quelque chose qui leur est si intime et en même temps si éloigné, car 2000 ans les en sépare...

C’est bien là la spécificité des langues anciennes qui les rend semblables à nulle autre discipline, que la présence de ces traces vivantes, et qui justifie leur étude continue. Les langues anciennes ne nous sont pas extérieures, elles nous imprègnent profondément et constituent en même temps une part conséquente de notre inconscient collectif historique.

Ainsi, à l’instar de ce qu’affirme Socrate dans le Phédon, l’âme, encore toute suprise de l’adéquation entre l’empreinte et la saisie intuitive de l’Idée, s’émerveille et se remémore un souvenir lointain, plusieurs fois antérieur à son existence, comme si elle avait vécu une autre vie d’un temps aujourd’hui révolu.

Alors la rédaction du Portique ne peut que se saisir d’un rameau et invoquer Zeus le protecteur des suppliants afin que l’Europe n’oublie pas cette autre vie d’un passé certes profondément enfoui, mais pourtant encore tellement présent en chacun de nous.

C’est que par-delà les siècles, quelque chose est demeuré dans la conscience collective des Européens, et ce quelque chose d’endormi, seule la pratique du latin et du grec peut l’amener à l’éveil.

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