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Version versus latin ?

samedi 7 mai 2005, par Robin Delisle

Un point de vue d’un latiniste sur la version latine et plus généralement la lecture des textes latins...

Au fond, il ne faudrait que peu de temps à un âne doté d’une bonne mémoire pour apprendre les déclinaisons, les verbes, et les règles fondamentales qui régissent le latin. Mais chacun sait qu’il arrive souvent de ne pas réussir à traduire une phrase dont pourtant chaque mot à été très bien analysé. La faute en incombe certainement à l’élève qui, peu entraîné à la mentalité de ceux pour qui cette langue étaient celle de leur enfance, ressent comme une aberration l’ordre des mots, les raccourcis et autres « étrangetés » du mode d’expression des idées d’un auteur de langue latine.

Rares sont ceux qui ont pu avoir le temps de s’immerger suffisamment dans cette langue pour ne plus penser à la langue française en lisant dans les textes et suivre aisément la pensée des auteurs.

Mais plus que le manque de temps dû à d’autres occupations, il y a cette habitude désastreuse de se servir de la langue française comme écran au latin et cette habitude d’essayer de retrouver sujets, verbes et autres compléments pour les remettre dans le « bon » ordre et arranger ainsi une traduction, souvent ratée, pour avoir une bonne note. Pendant ce temps, l’immersion dans la langue ne se fait plus et ce qui devrait être une acclimatation à un nouveau regard sur le monde, inhérent à tout apprentissage d’une langue ancienne, devient finalement un casse-tête chinois, un puzzle, comme si le latin avait chamboulé le bon ordre de la langue française...

Le drame commence subrepticement quand le jeune latiniste commence à être tout fier de pouvoir traduire « pulchra insula est » par « L’île est belle ». En effet, il a trouvé le verbe, le sujet, le verbe et il les a « remis dans l’ordre ». Mais ce qui semble être une graine de réussite plantée dans l’esprit du novice va devenir un véritable chiendent quand, quelques années plus tard il va s’agir de traduire cet extrait d’un texte de Cicéron concernant les misères qu’ont infligé certains juges à Socrate le philosophe et à Théramène, le bon Tyran : « Vadit enim in eundem carcerem atque in eundem , paucis post annis, scyphum Socrates, eodem scelere iudicum quo tyranorum Théramenes. » Là le temps perdu, lors de ses années d’apprentissage à vouloir absolument plaquer le français sur la phrase latine ne permettra sans doute à l’élève ni de comprendre la phrase ni, à fortiori, de la traduire. Il va sans doute se demander pendant un temps précieux (examen oblige !) ce que fait Socrate dans la coupe et à débrouiller le reste sans forcément y parvenir. Ceux qui auront eu la chance d’utiliser le temps de leur apprentissage à pénétrer l’âme de la langue latine sans chercher à tout prix à « traduire en français » mais « seulement » à comprendre le sens des phrases pourront au moins continuer leur lecture, pénétrer la pensée de Cicéron, même s’il auront été, pour l’heure, incapable d’en faire une « bonne » traduction ou même une traduction tout court. Ils auront au moins compris que Socrate et Theramène ont été dans le même genre de galère, comment et pourquoi, même si leur langue fourche pour le dire en français.

Lors de l’apprentissage des langues anciennes il serait bien plus efficace de ne pas demander de traduction tout de suite mais de poser des questions dans la langue du texte afin de s’assurer qu’il a bien été compris.

Puis plus tard, pour ceux qui souhaitent couronner leur savoir-faire par un nouvel art, très distinct, il pourrait leur être dispensé des cours de traduction. Mais ce serait une autre histoire, une nouvelle aventure.

François Rouget.

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Messages

  • le langage est une traduction verbale de la pensée

    Si nous pouvions traduire la pensée le langage serait inutile

    La langue française étant la plus complète, pourquoi ne serait-elle pas une langue internationale, d’autant que ses racines sont multiples
    A+http://www.portique.net/NAVPICS/smileys.gif

  • François Rouget a entièrement raison.

    J’ai eu la chance d’avoir un professeur de latin et de grec dans le secondaire qui appelait la "construction" une destruction de la phrase, et nous a appris à comprendre les textes comme les anciens, c’est à dire au fur à mesure de la lecture. Il commençait par des choses très simple puis peu à peu nous amenait à des phrases de pus en plus complexes et éloignées des structures de la phrase française.

    Résultat, 45 après, et alors que pendant plus de 30 ans je n’avais pas vraiment pratiqué ces langues, je suis aujourd’hui encore capable de comprendre assez correctement les textes anciens en dépit de nombreux oublis.

    Cela se passait ainsi jadis à Marseille chez les pères dominicains. C’était un temps ou les enseignants avaient pour mission de transmettre savoir et connaissance et non pour ordre de former des troupeaux bêlants d’illettrés facilement contrôlables par les pouvoirs de toute nature.

    • "C’était un temps ou les enseignants avaient pour mission de transmettre savoir et connaissance et non pour ordre de former des troupeaux bêlants d’illettrés facilement contrôlables par les pouvoirs de toute nature."

      Quel mépris pour les enseignants d’aujourd’hui !
      De quel droit osez-vous lancer de telles inepties ?

      J’enseigne le latin depuis bientôt 30 ans et je considère votre avis comme infâmant !

      Le webmaster de ce site devrait simplement vous censurer ...

    • Si le webmestre de ce site a activé les forums pour chaque article, c’est de manière à ce que chacun puisse s’exprimer.
      Dans la mesure où l’on ne tombe pas sous le coup de la loi, il n’y a pas de raison que je censure un message, pas plus celui de M Jullien que le vôtre.

  • tout à fait d’accord, mais comment faire quand l’école vous demande une traduction en 50 minutes. Aidez- moi s’il-vous plait. Je suis en 4eme secondaire et... j’ai bien appris mes déclinaisons et mes règles.