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Guerriers du Moyen-âge

jeudi 23 avril 2015, par Robin Delisle

Martial , merci d’avoir accepté de répondre aux question de la Rédaction du Portique. Vous êtes l’administrateur d’un forum consacré aux guerriers du Moyen-âge. Pouvez-vous présenter aux lecteurs de notre magazine votre association ?

Les « Guerriers du Moyen-âge » est la raison sociale de notre association Loi 1901. Il s’agit d’une association créée en 1999 dont l’objet social était centré sur l’animation d’événements médiévaux. Ce n’est qu’à compter de 2004 que l’association a réorienté son activité vers la reconstitution historique. Notre groupe s’est toujours consacré partie à l’aspect martial. C’est donc tout naturellement que ce nom avait été choisi à l’époque de sa création. Le terme de « guerriers » n’est donc pas ici rattaché dans à une analyse des classes combattantes.
Concernant le forum, je l’ai mis en place en juin 2003 lorsque j’ai rejoint l’association en tant que secrétaire. Il existait peu de moyens d’échanges à l’époque par rapport à aujourd’hui. Le forum a donc repris le nom de l’association qui en assure la gestion. Pour autant, il s’est ouvert à tous les types de sujets traitant de la reconstitution historique du Moyen-âge afin de constituer une base de données la plus large et la plus riche possible. On y traite aussi bien du militaire que de la vie civile, ou même de sujets juridiques concernant le fonctionnement associatif.

Quelles classes militaires recoupe le terme « guerriers » au Moyen-âge ?

Si l’on considère que ce terme est employé pour qualifier un groupe de personnes vivant au Moyen-âge, on s’aperçoit assez vite qu’il recoupe en grand nombre de réalités tant pratiques que sociales et économiques.En effet, il n’existe pas d’armée au sens où nous la connaissons aujourd’hui. Il existe par contre des seigneurs territoriaux, de puissance variable, qui s’attachent les services de combattants professionnels ou occasionnels. Ces combattants sont soit rémunérés, soit recrutés dans le cadre du service d’ost qu’ils doivent à leur seigneur un nombre de jours défini par an. Les combattants dont le rang est le plus élevé sont les chevaliers. Ce sont des guerriers spécialisés, rompus à toutes sortes de techniques de combats (épée, lance,…). Ils constituent l’élite des combattants. Ils ont reçu une éducation complète dès leur plus jeune âge qui les destine à tenir leur rang de chevalier.Viennent ensuite les piétons dont l’équipement varie fortement en fonction de leur niveau de richesse, de leur spécialisation et aussi de la capacité de leur seigneur à contribuer à leur fourniture. Le piéton le mieux équipé sera finalement assez proche du chevalier, si ce n’est qu’il ne monte pas à cheval. Il aura un haubert, une épée, un casque de fer, un bouclier, un gambison (vêtement matelassé porté seul ou sous le haubert). Le piéton le moins bien équipé sera doté d’une simple lance, d’une hache, d’un couteau, d’une massue, d’un arc et ne disposera d’aucune protection corporelle. Il fait partie de ce que l’on appelle le retro banum, ou arrière ban. Entre ces deux extrêmes toutes les déclinaisons sont possibles et ne sont limitées que par les moyens financiers et les compétences martiales ou techniques des individus.Les chevaliers représentent un très faible pourcentage des guerriers au sens large. Le gros des effectifs est fourni par la levée de l’Ost.

Avez-vous une période de prédilection ?

En ce qui concerne l’association, celle-ci est centrée sur le XIIIème siècle, et plus particulièrement sa seconde moitié. Elle développe également un projet qui concerne l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem au XIIème siècle.En ce qui concerne le forum public celui-ci est ouvert à toutes les périodes du Moyen-âge sans distinction.

Plusieurs membres de votre forum s’intéressent aux reconstitutions historiques mais aussi à certains personnages célèbres. Pouvez-vous définir ce qu’est une reconstitution historique ?

Il y a souvent confusion entre la reconstitution et une reconstitution. Autrement dit, on confond souvent la méthode et le résultat. Pour les médiévistes « reconstituteurs », la reconstitution est avant tout une démarche, une méthode, un moyen de parvenir à un résultat donné. Cette démarche s’appuie sur l’environnement matériel de l’époque choisie et permet de réaliser des équipements, costumes, objets de manière à ce qu’ils se rapprochent le plus possible de ce qui se faisait.Par nature cette démarche est limitée par les sources historiques accessibles, existantes, et aussi par l’écart temporel et technologique qui nous sépare de cette période. Nous n’avons plus les moutons de l’époque pour en tirer la laine nécessaire à la réalisation de nos vêtements… Il existe donc nécessairement des compromis que chaque « reconstituteur » réduira au mieux en fonction de ses moyens afin de garantir l’honnêteté de la démarche et la fidélité de l’objet reconstitué. Nous devons être capables, une fois la réalisation achevée, de dire quelles sources nous avons utilisées et quelle démarche nous avons employée pour obtenir le résultat présenté.
C’est la qualité de cette démarche qui différencie la reconstitution de la simple évocation historique ou du spectacle « médiévalisant » généralement servi au public sur les fêtes dites médiévales.
Par ailleurs le terme « reconstitution » peut aussi se rattacher à un événement particulier de l’histoire que l’on souhaite revivre ou faire revivre. Il peut s’agir de batailles célèbres, ou encore de scènes de vie quotidienne pour lesquelles les « reconstituteurs » s’efforcent de créer le maximum d’immersion possible. A cet effet, outre la qualité historique des équipements, les références aux autres époques que celles de l’événement reproduit sont limitées voir supprimées.

Quelles sont vos sources pour imiter l’équipement martial et les techniques de combat d’un héros médiéval ou de la renaissance ?

L’équipement martial, au même titre que l’équipement civil est reconstitué sur la base de sources historiques dites « premières ». Pièces de fouilles, manuscrits, statues alimentent un corpus documentaire qui permet la reproduction des objets. Il faut parfois s’adresser à des artisans spécialisés qui seront les seuls capables de reproduire la pièce voulue avec la qualité nécessaire. Il en va ainsi notamment pour les armures de mailles ou de plaques, les casques ou les épées par exemple.
Concernant les techniques de combat celles-ci sont explorées à travers les mêmes sources que pour le matériel et selon une méthode similaire. Schématiquement, ce n’est qu’à compter du XIVeme siècle que la rédaction de traités par des maîtres d’arme a permis de transmettre ce savoir qui nous est parvenu. Ces traités font l’objet d’études et d’analyses au même titre que les autres sources historiques. En ce qui concerne la pratique ce point sera développé plus bas.

Étudiez-vous aussi les combats de la Renaissance ?

Non, pas en ce qui me concerne, ni l’association « Les guerriers du Moyen-âge ». Il existe toutefois des groupes qui sont axés sur cette période postérieure au Moyen-âge.

Vous êtes aussi expert en arts martiaux historiques européens et tenez une salle d’armes. Pouvez-vous présenter cette discipline et expliquer en quoi elle consiste ?

Je ne suis pas expert dans ce domaine, seulement un pratiquant depuis plusieurs années. Il existe en effet par ailleurs des personnes spécialisées qui réalisent une étude universitaire de cette matière. En ce qui me concerne j’anime avec d’autres membres de la section arts martiaux historiques de notre association nos entraînements hebdomadaires.
Notre section fait partie de la fédération française d’arts martiaux historiques européens.
La définition officielle de l’activité est la suivante : « Les Arts martiaux Historiques Européens couvrent l’étude historiquement démontrée de toutes les formes d’arts martiaux ayant existé en Europe depuis l’antiquité jusqu’à la fin de l’Histoire communément admise. Ainsi, les AMHE s’intéressent aux situations motrices employées au combat, armé ou non, à pied ou monté, dans le cadre de batailles, d’escarmouches, et de duels ou de jeux sportifs, tel qu’il était pratiqué, utilisé, et perçu, par les combattants et les maîtres d’armes, à travers l’histoire. Peuvent y être inclues, à titre de connaissances connexes, certaines formes d’armement ou d’engagement à distance, quel que soit le moyen de propulsion. En est exclue l’étude de l’art militaire. »
Comme pour la reconstitution historique il faut appliquer une démarche qui consiste en la recherche de sources historiques (traités, écrits, enluminures,…) et l’analyse de celles-ci. Cette analyse se base sur le matériel utilisé, le contexte, les postures, les enchaînements de mouvements représentés ou qui sont déductibles de certaines positions. Les sources sont ensuite interprétées puis mises en pratiques. Les enchaînements sont reproduits afin de déterminer si ces gestes sont compatibles avec la biomécanique. Il en résulte une collection de techniques que nous validons si elles sont possibles et martialement efficaces.
Au-delà de la technique par elle-même il est nécessaire de la reproduire dans un contexte matériel cohérent. Il est aisé de reproduire des gestes dans une tenue légère de sport. C’est un tout autre défi lorsque ces gestes sont reproduits en armure de maille et casque soit 10 à 13 kilogrammes au bas mot à déplacer et des vêtements dans lesquels le combattant est engoncé.
Il en va de même pour la partie équestre de l’activité. Reproduire un geste sur une selle moderne en vêtements d’équitation est une chose. Les reproduire avec une selle dont l’aspect est celui d’une selle médiévale (pommeau et troussequin élevés) et en armure avec un casque fermé offrant un champ visuel réduit est une étape supplémentaire dans la démarche. Se passer de ce niveau de pratique peut aboutir à tirer des conclusions erronées alors même que les sources historiques utilisées sont fiables.

Quelles sont les documents historiques sur lesquels vous vous appuyez pour reconstituer les techniques de maniement des différentes armes médiévales ?

En ce qui concerne notre époque (le XIIIeme siècle) il n’existe pas de traités d’escrime. Ceux-ci sont apparus plus tardivement (XIVeme et surtout XVeme siècles). Dans ces conditions nous devons nous appuyer sur des sources visuelles, comme les enluminures et la statuaire, les sceaux, ou les objets gravés. Nous utilisons également les textes des chroniques et des chansons de gestes qui sont riches d’informations sur le contexte des batailles. Cependant ces supports mettent en exergue l’héroïsme des personnages représentés et sont chargés d’une symbolique propre au Moyen-âge. Il est donc nécessaire de faire la part de l’exagération et des symboles afin de retranscrire ces informations dans une réalité matérielle plausible qui serait celle de l’époque. On comprend dans ces conditions qu’il est difficile d’afficher des certitudes. C’est la raison pour laquelle cette discipline, à l’instar de la reconstitution historique, évolue en permanence au gré des découvertes, des interprétations, et des expérimentations.

Quand il s’agit d’une langue ancienne, comment vous y prenez-vous ? Y-a-t-il des traducteurs experts parmi vous ?

Concernant les textes en latin ou en vieux français il est possible d’arriver à une traduction. Il n’est pas rare que des étudiants en histoire ou des spécialistes fassent partie des associations de reconstitution. Cela devient plus compliqué avec le vieil allemand des traités d’escrime mais là encore il existe des universitaires qui se sont consacrés à l’étude de ses textes de sorte qu’il en existe des traductions au moins en anglais. Les plus motivés reprennent les textes originaux pour en tirer une analyse qui leur est propre et la confronter avec les études de leurs prédécesseurs.

Pouvez-vous présenter les principales armes médiévales et nous donner quelques exemples de manipulation ?

Il faudrait un catalogue pour cela !
Toutefois ont peut distinguer schématiquement par grandes familles les armes utilisées.

- Les outils détournés de leur fonction première et transformés en armes.

Ce sont les haches, les fourches, les fauchons, les fléaux, les masses et massues, les frondes, les couteaux. Ils ne nécessitent pas de compétences particulières et sont utilisés par les soldats non professionnels la plupart du temps. Ils sont parfois améliorés pour accroître leur résistance et leur efficacité. Le fer de hache est parfois monté sur un manche plus long, le couteau est fixé sur une hampe, le fer de la faux est redressé, le fléau est ferré, …etc

- Les armes conçues en tant qu’armes.

Il s’agit principalement de l’épée. C’est l’arme par excellence du combattant spécialisé. Elle nécessite de la part de son porteur un réel savoir faire qui se s’apprend et se transmet. Il en va de même pour la dague, ou certains couteaux qui deviennent avec le temps des armes particulières à part entière. Le combat au « messer » et « lang messer » fait l’objet de traités par exemple.

- Les armes utilisées à distance.

Il s’agit des arcs, des arbalètes puis à la fin du moyen-âge des armes à poudre.

Quelques Liens d’accès :

Notre site : www.guerriersma.com

Notre forum : www.guerriersma.com\forum

Facebook : www.facebook.com/gma.reconstitution

www.facebook.com/gma.parabellum

Reconstitution de la bataille de Bouvines : bouvines1214.org

Fédération Française d’Arts Martiaux Historiques : http://www.ffamhe.fr/


Voir en ligne : Les guerriers du Moyen-âge

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