Le portique

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Helléniste à 8 ans !

vendredi 3 juin 2005, par Robin Delisle

Michel Dupuy est un parent d’élève qui s’est lancé dans une expérience pour le moins atypique : il a décidé de commencer à étudier le grec avec Alexis son jeune enfant de huit ans. Il a accepté de répondre aux questions du Portique.

1. Vous avez choisi d’étudier le grec ancien avec votre enfant qui a 8 ans. Qui en a pris la décision, lui ou vous ?

- C’est moi qui lui ai proposé

êtes-vous vous-même helléniste ?

- Non, je suis simplement passionné par la mythologie. Je n’ai aucune formation au grec ni aux langues en général, je suis autodidacte (j’ai été à l’école jusqu’au certificat d’études).

2. Qu’est-ce qui a attiré Alexis votre enfant vers l’étude du grec ancien et de sa civilisation ? Quel a été en particulier l’événement déclencheur ?

- C’est une décision "collective"... Mon fils est passionné par le moyen-âge, les chevaliers etc, il avait lu, quelque part que les livres étaient, à cette époque, écrits en latin, il était très intrigué par cela je crois et m’avait demandé quelle était cette langue.

Il m’a semblé intéressant de répondre à sa curiosité de cette façon. D’autre part, c’est bien connu, les enfants, à cet âge là, ont beaucoup de facilité pour ce type d’apprentissage. J’ai pensé que c’était une manière d’apprendre le monde, d’avoir des outils pour comprendre d’où viennent certains mots qu’il utilise, de lui donner ce goût.

Je lui ai proposé d’étudier plutôt le grec que le latin car il me semblait que c’était plus difficile et que si un jour il avait ce goût des langues, le latin serait plus facile.

3. Envisagez-vous, du coup, de faire étudier le latin et/ou le grec à votre enfant au collège ?

- J’espère lui en donner le goût et des bases, sans plus, si c’est son choix j’en serais ravi.

Que pensez-vous que cette rencontre avec ces langues qui ont plus de 3000 ans apportent à votre enfant ?

- Je pense que c’est essentiel. Il me paraît important de donner le goût aux enfants de la connaissance des origines (de la langue, de la culture...). C’est aussi pour moi une occasion de montrer à Alexis la multitude des influences qui font une langue, un peuple, un homme, une autre manière de s’ouvrir vers les autres. Je pense aussi que sans mémoire il n’y a pas d’avenir.

4. Pouvez-vous relater des « morceaux choisis », c’est à dire des temps forts de ces moments passés à découvrir ces cultures avec votre enfant ?

- C’est effectivement quelque chose de ludique pour nous (nous sommes, en l’occurence, au même plan - maître et élève à tour de rôle). Je pense que je n’aurais pas fait cet effort tout seul, et Alexis a beaucoup de plaisir à découvrir ce que veulent dire les mots.
Il y a quelque chose de magique là-dedans. Pour un enfant comprendre l’origine de certains mots qu’il emploie, comme téléphone par exemple, c’est merveilleux. D’autres plus compliqués comme xénophile (quel beau mot) prennent soudain tout leur sens.

Comme je l’ai dit nous sommes vraiment l’un et l’autre à égalité dans cet apprentissage, nous nous soutenons mutuellement et je pense que ce sont des rapports intéressants car ils sont évidemment ponctuels et chacun a son rôle (Alexis a plus de mémoire, je connais un peu la mythologie).

Je pense que c’est le rôle d’un papa de donner du sens, des repères et nous avons du plaisir à découvrir ensemble, dans ces moments privilégiés, des mondes à travers les mots.

Messages

  • Votre texte est passionnant. Pourquoi ne pas le publier dans Astrapi (journal Bayard Press pour les 8-12 ans) ? Cela pourrait servir à d’autres personnes...Si vous voulez, je connais quelqu’un qui y travaille.
    Il faudrait juste corriger les fautes d’orthographe comme écris/écrits, avez demandé/avais demandé, la dedans/là-dedans...
    M.P.Paulot

    • C’est très gentil à vous. Il faut que je demande l’avis du père et de l’enfant : je fais suivre votre courrier avec ma réponse.
      Je n’avais pas vu la faute, je la corrige.
      Si vous connaissez la personne, je serais enchanté de rentrer en contact avec si Alexis et son père sont d’accord bien sûr.
      Cordialement
      Robin Delisle

  • Merci pour cet extraordinaire témoignage . La démarche : "allons d’abord au plus complexe " me va droit au cœur tant elle va à l’inverse de l’utilitarisme ambiant. Pouvez-vous m’indiquer quel support ces hellénistes débutants ont utilisé ?