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Les niveaux silencieux de la pensée

dimanche 24 juillet 2005, par Robin Delisle

Korzybski est devenu fameux en inventant la Sémantique Générale. Cette dernière s’est construite comme un non-aristotélisme, notamment par le rejet partiel de la logique aristotélicienne.

Korzybski s’inquiète notamment des dangers de la prédication. En effet, il relève qu’une telle association ne rend nullement compte de ce qu’il appelle les niveaux silencieux de la pensée.

Ainsi dire que l’homme est un animal reviendrait à ignorer toutes les conséquences induites par l’apparition de la conscience chez l’être humain : Korzybski note simplement que l’homme ne peut se résoudre à la simple addition de "animal" + "conscient" car la conscience, contrairement à l’animalité est une prédication dynamique, c’est à dire qu’elle engendre des mutations d’une génération à une autre.
De la même manière, toute affirmation de notre part ne rend pas compte des inférences que nous y associons.
Korzybski exprime ainsi ses prémisses, via une analogie, celle de la carte et de son territoire :

1) Une carte n’est pas le territoire.

2) Une carte ne représente pas tout le territoire.

3) Une carte est auto-réflexive, en ce sens qu’une carte "idéale" devrait inclure une carte de la carte et ce à l’infini.

C’est la conscience de ces prémisses qui permet d’aboutir à la conscience d’abstraire et donc à à une maturité intellectuelle et sociologique.

Dans cette approche, il n’y a pas d’ignorance, tout du moins pas d’ignorance passive, mais seulement une cognition qui infère dogmatiquement une cause aux effets observés. C’est ainsi que naissent les mythologies primitives. L’esprit scientifique n’apparaît qu’avec la connaissance du rôle de l’inférence : on pourrait parler d’hypothèse.

Les niveaux silencieux et inconscients de la pensée d’un terroriste, par exemple, sont certainement un puits insondable d’inférences inexprimées...

Toutefois, les cartes de Korzybski et le territoire ont en commun, par delà la représentation ou même l’idée, de participer d’une forme commune. Si ce n’était le cas, plus rien ne relierait carte et territoire, et quand bien même Korzybski affirmerait la primauté de la relation, il devrait bien admettre au final que la relation lie deux éléments.
Par ailleurs, la prédication aristotélicienne est alternativement une compréhension (une chose comprend, possède telle caractéristique) et de l’extension (une chose fait partie d’un ensemble). Elle ne se résoud donc pas à une simple addition.
Ainsi, assurément, le territoire n’est pas la cause efficiente de la carte, c’est le cartographe, pas sa cause matérielle, c’est le papier ou le carton, pas non plus sa cause formelle, c’est la géographie, mais plus vraisemblablement sa cause finale car il est ce pour quoi elle existe.
Isoler les causes, c’est ignorer que l’on ne peut disjoindre les quatre causes aristotéliciennes.

Quelques références :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_4_causes

http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9mantique_g%C3%A9n%C3%A9rale

http://fr.wikipedia.org/wiki/Syllogisme

http://www.lyber-eclat.net/lyber/korzybski/semantique.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gories_%28Aristote%29

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