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Langue de culture contre langue de communication

mardi 23 août 2005, par Robin Delisle

Bel essai que celui d’Yves Montenay. Voici un ouvrage qui défend avec force la francophonie, à l’heure où une large majorité des élites intellectuelles et politiques françaises, par inconsistance et vanité délaisse ce patrimoine de l’humanité.

Défense et illustration de la langue française

Yves Montenay La Langue française face à la mondialisation

Les Belles Lettres 2005 / 19 € - 124.45 ffr. / 321 pages
ISBN : 2-251-44291-X
FORMAT : 13x21 cm

Il serait long d’écrire le résumé de cet ouvrage qui étudie l’état de la langue française, partout où l’on parle cette langue dans le monde.

Ce qu’il demeure de fort de la lecture de l’ouvrage, ce sont les points centraux suivants :

- ce sont, aujourd’hui, les "petits" pays francophones qui défendent la langue française, et non la France elle-même. Ainsi les efforts désespérés des pays d’Afrique et le travail remarquable du Québec au Canada, par exemple.
- les alliances françaises, les centres culturels, souvent privés, parce qu’ils s’appuient sur les élites francophones locales, et non sur des envoyés "politiques" venus de la lointaine France, sont bien plus efficaces que les organismes institutionnels. Ils sont pourtant très souvent à demi-privés.
- la France méprise souvent les défenseurs de la francophonie ainsi que les "petits" pays francophones et traite par exemple les étudiants francophones venus de ces pays de manière humiliante : c’est d’eux pourtant que dépend la survie de la langue française.
- plus d’une référence au grec et au latin dans l’essai d’Yves Montenay font comprendre à quel point le français partage une destinée commune avec les langues principales des humanités classiques.
- enfin, le livre se conclut par une analyse très forte et très fine, qui rejoint pleinement celle d’Heinz Wismann (qui milite pour la préservation des humanités classiques) sur la disctinction qu’il convient d’établir entre une langue de communication (langue-outil) et une langue de culture. Yves Montenay en vient à constater, tout comme Heinz Wismann, que les grandes perdantes de l’uniformisation, ce sont les langues de culture, anglais compris. Ainsi, la véritahle lutte, aujourd’hui, ce n’est pas le français contre l’anglais, mais la langue de culture contre la langue de communication dont sont victimes toutes les langues.

Voilà une conclusion à méditer, quand on songe aux rapports "pondus" par les différents experts, notamment, celui de Monsieur Thélot, sur la nécessité d’étudier l’anglais de communication au collège. Cette inconsistance traverse hélas les frontières politiques : la lecture du document "la position des socialistes" (http://www.gauche-en-europe.org/doc_lib_agee/Valter.pdf) de Clothilde Valter sur le site de la gauche réformiste en Europe est édifiante : on y trouve en tout et pour tout comme programme éducatif les sciences, l’informatique et l’anglais international (celui-là même que Yves Montenay, Heinz Wismann ou le Portique dénoncent justement).

Messages

  • Merci pour cette sympatique critique !

    j’explore votre site et tente de deviner qui vous êtes

    Cordialement

    Yves Montenay (l’auteur)

    • J’ai pris grand plaisir à lire votre livre. Je ne partage d’aileurs pas l’avis du site parution.com qui salue votre enthousiasme mais juge insuffisantes les citations des sources. Réflexes de technocrates habitués à brasser des statistiques dans un bureau de ministère...
      On voit bien à la lecture de votre ouvrage, simple et direct que vous êtes un homme de terrain, ou alors que vous en êtes en contact avec.
      Moi, ce que j’ai aimé, ce n’est pas votre foi, parce qu’à ce compte-là on pourrait tout aussi bien admirer les apôtres de l’anglais de communication, mais c’est la pertinence et la puissance de vos analyses.
      Vous êtes l’un des rares, je crois, au moins en France, à avoir saisi ce qui me semble constituer le fond du problème.
      En réalité aujourd’hui, l’enjeu, ce n’est plus le français, l’enjeu, c’est la Langue, avec un grand L, et cet enjeu est mondial. Ce que vous dites à propos des professeurs de langue est d’ailleurs très vrai : en effet, ils se limitent à l’enseignement d’une langue pratique, instantanée, et historiquement datée, (c’est à dire une langue de notre époque).
      Bien sûr, il y a la faiblesse des connaissances grammaticales, l’urgence de l’utilité, mais il y a surtout le manque d’ambition et l’abdication.
      Quant à nos intellectuels et une grande partie de nos politiques, ils méprisent les défenseurs de la langue française à peu près autant qu’ils méprisent le sentiment populaire.
      Si jamais vous vous en sentez l’humeur, n’hésitez pas à vous fendre d’un petit billet dans ce magazine, vous y sera toujours la bienvenue. Pour information, en trois jours, cet article a déjà reçu plus de 60 visiteurs uniques. Très beau score pour un mois d’août !
      Pour mon identité, c’est simple : tous mes articles sont signés.

  • Le problème me semble bien posé : en voulant faire des langues naturelles des langues universelles de communication, on les appauvrit.
    Le problème a pourtant une solution simple : adoptons l’espéranto comme langue internationale et les langues nationales ne s’en porteront que mieux.
    Quiconque aura passé deux ou trois heures de sa vie pour s’initier quelque peu à l’espéranto se posera alors la question : comment une langue si simple, si précise, si puissante n’a -t-elle pas encore été adoptée ? (il faut dix fois moins de temps pour l’acquérir qu’une langue naturelle.)Voir par exemple :
    http://ikurso.esperanto-jeunes.org
    ou encore : http://perso.wanadoo.fr/kavlan/idees/esperanto.html
    Il y a deux réponses principales :
    -le nationalisme linguistique et la confusion entre langue et culture ;
    - l’anglais est la langues des puissants de ce monde, notamment des financiers.
    Il n’est pas inutile aussi, en matière d’adoption de code social universel , de penser au système métrique. Il a été proposé par l’abbé Gilbert Mouton, prêtre à Lyon, en 1647. Il aura fallu attendre le 7 avril 1795 pour que, suite au rapport du député de la Côte d’Or, Prieur, la Convention adopte un premier décret sur le système métrique, pourtant beaucoup plus simple et puissant que les systèmes régionaux précédents, sources d’infinies complications.
    Les espérantophones sont très attachées aux langues nationales comme langues culturelles.
    Mais ils considèrent aussi avec raison que cette langue permet aussi de traduire des textes véhiculant des cultures différentes.(40 000 oeuvres traduites issues de 150 pays. Pétendre avoir accès à toutes les cultures du monde par plurilinguisme est totalement utopique : il existe environ 6700 langues et dialectes , (environ 2800 langues dont environ 350 écrites.)
    Ne tuons pas l’anglais en le réduisant à une simple langue de communication ; n’essayons pas non plus d’imposer au monde entier la représentation du monde que véhicule l’anglo-américain sous prétexte que les Etats Unis est la 1ère puissance économique mondiale.
    En outre, l’espéranto facilite l’apprentissage des langues étrangères comme l’indique le site anglais suivant :
    http://www.springboard2languages.org/natlang.htm
    Mais pourquoi vouloir faire simple quand on peut faire compliqué ?
    Robès Pierre