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Le projet Hélios

mardi 23 août 2005, par Robin Delisle

Le projet Hélios est une première : il associe divers partenaires du secondaire et du supérieur et plusieurs pays. Alain Meurant, l’un des responsables de ce projet, détaille au Portique ses tenants et aboutissants.

1. Alain Meurant, avec Jean Schumacher, vous êtres à l’initiative de ce projet : pouvez-vous préciser
à nos lecteurs en quelques mots en quoi consiste "Hélios" ?

Le projet "Hélios" est né suite à l’ouverture des "Hodoi elektronikai". Ceux-ci visent à mettre sur la Toile,
et pour les professeurs de grec, des outils, des supports et des contenus comparables à ceux que les "Itinera Electronica" mettent depuis 1998 à la disposition des latinistes. L’idée est venue suite à une demande de Mme Sophie Van Esch, professeur au Collège Le Masségu de Vif (Académie de Grenoble) : pour que les élèves de sa région puissent continuer à suivre un volume correct d’heures de grec, elle a imaginé qu’une partie de celles-ci puisse être suivie dans le cadre d’un enseignement informatisé. Cette enseignante avait de bonnes connaissances en informatique, disposait de séquences pédagogiques performantes, mais manquait de l’environnement nécessaire pour les déployer dans un cadre adéquat. Elle s’est alors tournée, après en avoir demandé l’autorisation à ses responsables académiques, vers l’Université catholique de Louvain pour voir s’il était possible d’établir une base de collaboration permettant de concrétiser ces objectifs. Les responsables louvanistes se sont donc rendus en février à Grenoble où, avec Mme Van Esch et les responsables de l’Académie, a été conclue une convention donnant naissance au projet "Hélios". Le document a été signé par les Recteurs des deux institutions. On en trouvera la présentation détaillée à http://helios.fltr.ucl.ac.be/presentation_helios.htm. Dans la foulée, et pour répondre au prescrit des accords conclus, Mme Van Esch a conçu et réalisé deux belles leçons (l’une en grec et l’autre en latin) d’ores et déjà consultables (et utilisables !) à http://helios.fltr.ucl.ac.be/lecons.htm. L’objectif était de montrer comment se concrétiseraient les intentions pédagogiques énoncées au plan théorique. Ces séquences d’enseignement dont le développement se poursuit seront en usage, pour ce qui concerne le grec en tout cas, dès la prochaine rentrée 2005 dans l’Académie de Grenoble selon la clé de répartition suivante : une heure de cours donnée en présentiel et deux heures en apprentissage électronique.

Mais d’autres initiatives, comme celle d’un "défi-lecture" entre des classes situées dans des pays différents verra également le jour dès la rentrée prochaine. L’idée est la suivante : mettre aux prises deux groupes d’élèves de lycée, l’une belge, l’autre française, sur base d’ un "défi-lecture" construit autour d’une oeuvre latine et/ou d’une oeuvre grecque selon le scénario suivant :

Le travail de chaque équipe sera organisé en 4 étapes :

1) Lecture et étude avec son professeur d’une oeuvre latine ou grecque (différente pour chaque équipe), dont le texte est disponible sur le site des "Itinera Electronica" ou des "Hodoi Elektronikai" .

2) Préparation par les élèves de questions et d’exercices à destination de l’autre équipe à propos de l’oeuvre étudiée, en se servant des ressources textuelles et outils informatiques disponibles sur le site des "Itinera Electronica" et des "Hodoi Elektronikai". Il s’agira en quelque sorte de faire parcourir aux élèves un "itinéraire de lecture" à travers l’oeuvre choisie. L’objectif sera non seulement d’en proposer une découverte "balisée", mais aussi de faire partager une certaine expérience de lecture.

3) Lecture par les élèves de l’oeuvre étudiée par l’équipe adverse.

4) Découverte de l’ "’itinéraire de lecture" préparé par l’équipe adverse. Les élèves seront invités à répondre aux "colles" préparées par leurs condisciples de l’autre classe afin de découvrir l’oeuvre que ces derniers ont étudiée et de partager leur expérience de lecture.

Une première concrétisation s’effectuera entre les partenaires suivants : une classe du Lycée Vaugelas à Chambéry et l’autre du Collège du Sacré-Coeur de Ganshoren (une des communes de Bruxelles), avec - cela va de soi - l’implication des deux enseignants. Mais d’autres demandes ont déjà surgi depuis le lancement de cette entreprise très prometteuse en ce qu’elle appelle la collaboration de deux classes par-delà les frontières à l’aide d’outils informatiques performants.

2. Combien d’enseignants et d’étudiants, à l’heure actuelle, utilisent la plate-forme "Hélios" ? Avez-vous des statistiques à ce sujet ?

Comme je vous l’ai dit, la mise en pratique de cette infrastructure commencera en septembre prochain. Ce que l’on sait déjà, c’est que - dans la configuration annoncée - Mme Van Esch enseignera à 20 élèves (classe de troisième) et deux autres établissements de la même Académie (un lycée et un collège) s’apprêtent, dans la foulée, à franchir eux aussi le pas. Et lors d’une réunion de contact tenue dans l’Académie de Grenoble, une quinzaine d’autres enseignants se sont montrés intéressés et déclarés prêts à s’inscrire dans cette dynamique. On rappellera à cet égard que les "Itinera Electronica" qui fonctionnent, en latin, selon un principe similaire rencontrent un succès croissant.

3. Avez-vous des retours institutionnels du Ministère de l’Education Nationale Belge ? Comment ce projet est-il perçu ? Disposez-vous d’un budget spécifique pour cette action d’une telle envergure ?

Une petite précision d’abord, sous forme de détour dans le maquis institutionnel belge : nous n’avons plus de Ministre de l’éducation nationale, mais bien une Ministre (actuellement) de l’Enseignement en Communauté française. Par ailleurs, les "Itinera Electronica" ont vu le jour grâce à un soutien financier (qui a couru sur deux années) du Fonds de Développement Pédagogique géré par l’Institut de Pédagogie et des Multimédia de l’Université catholique de Louvain. C’est la seule aide concrète (et très appréciée !) que nous ayions enregistrée à ce jour. Depuis, l’ensemble de l’entreprise est développé par les différents partenaires - et l’appui très efficace de Jean Schumacher et de son équipe - qui s’avèrent compétents tant en langues anciennes qu’en techniques informatiques. L’avantage - énorme et des plus appréciables - est de ne pas mobiliser d’interface technique pour arriver au niveau de production et de qualité voulu. Cela laisse également une large liberté et une autonomie accrue aux différents acteurs du projet, mais il est vrai qu’avec un financement retrouvé (que nous recherchons toujours par ailleurs) nous gagnerions en vitesse de développement de ce qui existe déjà et nous pourrions élaborer plus vite les nombreux projets qui dorment encore dans nos cartons. Avis aux amateurs.

4. Est-il envisageable de donner à "Hélios" une dimension européenne qui ne se limité pas à la francophonie ? Est-ce en projet, et avez-vous des contacts à cet effet avec des partenaires étrangers.

Comme indiqué tout à l’heure, la collaboration à l’intérieur de la sphère francophone commence à prendre forme et devrait s’intensifier encore. Suite à la diffusion "urbi et orbi" du message annonçant la naissance d’ "Hélios", plusieurs Académies françaises ont pris contact avec nous pour voir comment et sur quelles bases elles pourraient s’insérer dans ce mouvement et bénéficier de son élan. Les négociations s’engagent et certaines réalisations concrètes sont prêtes à voir le jour.

Par ailleurs, j’ai depuis quelques années joué le rôle d’ambassadeur des projets louvanistes en sillonnant la France, la Grèce et les pays du Maghreb où l’accueil fut chaque fois excellent. C’est aussi la meilleure manière d’arriver à un résultat concret et probant : aller sur le terrain et rencontrer les gens pour mieux apprécier ce que sont les besoins des uns et les possibilités des autres. On sème les idées, on les laisse mûrir et on finit généralement par recueillir le fruit de cette maturation.
Nous sommes dans cette logique ouverts à toute proposition de collaboration, à toute initiative rencontrant notre potentiel ou nos objectifs et à toute idée de développement nouveau ou novateur. Il suffit de prendre contact avec nous. A ce propos, une question revient lancinante lors de ces échanges internationaux : "Combien cela nous coûtera-t-il ?". Et la réponse demeure : c’est entièrement gratuit, chacun des partenaires conjuguant ses compétences avec celles des autres pour produire des outils pédagogiques informatiques de qualité au meilleur service de la défense des langues anciennes. Il est, de mon point de vue en toutcas, en effet primordial de montrer à certains décideurs, que ces branches - loin d’être confinées dans quelque recoin de musée ou de bibliothèque - s’inscrivent pleinement dans la logique du XXIe siècle dont elles utilisent la quintessence des technologies - quand elles n’innovent pas en la matière - pour mieux mettre en valeur toute l’actualité de leurs contenus : ce qui contribue pour beaucoup à combattre l’idée que ces enseignements sont déconnectés de l’époque où on les dispense.

Enfin, j’ai l’habitude de conclure les rencontres menées dans les différents pays visités par cette invitation : "Permettez-vous d’imaginer ou de rêver au dispositif électronique dont vous tireriez le meilleur profit, nous vous aiderons à le concrétiser, à l’utiliser et à le mutualiser". Pour ne pas déroger à cette habitude, c’est ce que je ferai ici aussi.

Alain Meurant

Président de l’AGLT (Conseil de l’Agrégation en Philosophie et Lettres - UCL)

Responsable de l’Unité de didactique des langues grecque et latine classiques (UCL/GLOR/DICL)

Facultés universitaires Saint-Louis (Bruxelles)

meurant@egla.ucl.ac.be

http://lupacap.fltr.ucl.ac.be

http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/default.htm