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Le pancrace : un art martial ressuscité !

mardi 13 septembre 2005, par Robin Delisle

A la croisée des humanités, il existe d’autres biais que la philosophie ou la littérature pour transmettre l’héritage des Anciens. La rédaction du Portique a enquêté sur une aventure sans précédent : la résurrection du légendaire pancrace, le plus perfectionné des arts martiaux grecs.
Guillaume Ricci, instructeur et président de la fédération de pancrace , à l’origine de cet extraordinaire retour vers le passé, répond aux questions de la rédaction.

Guillaume Ricci, l’idée de ressusciter le pancrace des cendres de l’histoire est pour le moins un aventure incroyable : pouvez-nous nous retracer la genèse du projet : qui en a eu l’idée ? De quelle manière a surgi cette idée ?

C’est vers la fin des années 80 qu’a fleuri cette idée chez Monsieur Régis Renault adepte de Vajra Mushti (art martial indien) et de Brancaille (lutte provençale).
Suresh Vajtahan, son Maître indien lui parla des similitudes qui existaient entre le Vajra Mushti et le Pancrace grec, c’est alors qu’il en arriva à jeter les bases d’une reconstitution à l’aide de son acquit sportif pour redonner forme à cette discipline antique. Par la suite d’autres pratiquants d’arts martiaux confirmés ainsi que des archéologues et des historiens s’investirent dans la recherche.

En 1990, fut créé l’Association Française de Pancrace qui devint Fédération de Pancrace Traditionnel et Moderne, puis, dès 1992 face à l’intérêt grandissant de pays étrangers pour cette discipline l’Union Internationale de Pancrace et Disciplines assimilées naquit.

Il existe désormais une fédération et des cours de pancrace : comment avez-vous fait pour reconstituer les nombreuses prises qui doivent exister ?

Anatomiquement le corps humain n’a pas beaucoup évolué depuis l’antiquité et les techniques représentées sur les vases et les bas-reliefs révèlent qu’il n’y avait aucune différence entre la torsion du bras d’un ancien lutteur grec et celle des pratiquants d’arts martiaux contemporains. La tâche la plus incertaine constituait à reconstituer la, ou plutôt, les stratégies utilisées lors des combats et les écrits comme ceux de Pausanias entre autres nous ont bien aidés dans cette tâche.

Vous êtes-vous inspirés d’ouvrages ? de statues ?

Plusieurs ouvrages d’anciens auteurs grecs et d’auteurs contemporains nous ont été d’une grande aide mais également les nombreuses représentations sur les poteries grecques, les peintures et les bas reliefs, les statues quant à elles sont malheureusement peu nombreuses pour nous donner une idée précise de ce qu’était le Pancrace.

Qu’a de plus, ou de différent le pancrace des autres arts martiaux ?

Le Pancrace se démarque des autres disciplines par son réalisme et l’étendue de sa palette technique qui va de l’étude des percussions pieds-poings, coudes-genoux aux techniques de lutte au sol les plus élaborées.

La plupart des pratiquants d’arts martiaux se contentent de répéter des mouvements entre partenaires complaisants. En compétition les règles sont très limités et ne permettent pas aux compétiteurs de mettre en avant tout leur potentiel de combattant, seuls des sports de combat tel le kick-boxing ou le sambo concèdent à un combattant de jauger de son efficacité face à un adversaire belliqueux ; toutefois ces sports ne comportent que du travail de frappe ou que des techniques de lutte mais jamais les deux.

Le pancrace quant à lui se distingue de ces disciplines par l’étude des percussions pieds-poings, coudes-genoux ainsi que par les technique de lutte debout et au sol avec frappe ce qui en fait une discipline des plus complètes.

Existe-t-il des techniques qui lui sont propres ?

Sur le plan purement technique pas vraiment, en revanche la façon de gérer le combat est quant à elle très singulière. Le rythme cardiaque d’un boxeur et celui d’un lutteur ne sont pas du tout les mêmes, le pancratiaste dois donc apprendre à respirer différemment selon les efforts qu’il fournis tout en maîtrisant ses émotions. Ensuite il y a les déplacements, l’entrée en corps-à-corps et la projection qui exige un timing parfait, Une seconde trop tôt ou trop tard et c’est le K.O. ou la projection qui tourne à votre désavantage, c’est comme une partie d’échecs, on n’est jamais sûr de remporter la victoire même quand l’adversaire parait être dominé.

Accepteriez-vous de nous offrir un petit sccoop en nous révélant pour partie ce que contiennent les stages de pancrace réservés aux instructeurs ? Nous songeons très précisément à l’atelier de recherche historique qui se déroulera à Athènes du 18 au 21 janvier 2006...

Il s’agit de visites de musées, de site archéologiques, de conférences avec des historiens et des archéologues. Ces ateliers sont très utiles car ils nous permettent de mieux comprendre le monde antique et la perception qu’avaient les Anciens du sport et de la guerre, à ce titre l’étude des stratégies militaires employées par les grecs et les romains est fort intéressante.


Utilisez-vous une terminologie grecque pour qualifier chacune de ces prises ?

En effet, c’est une façon de reconnaître que la Grèce est à l’origine de cette discipline.

La pratique du "Klimax" est-elle encore en vigueur ?

Non, heureusement. Les valeurs du sport ont évolué depuis.

C’est un dieu, Héraclès, selon certaines traditions, ou un héros, Thésée, selon d’autres traditions qui créa le pancrace. Les hommes considéraient que le pancrace avait été enseigné à l’homme par les dieux : y a t il une spiritualité spécifique au pancrace qui le rapprocherait des coutumes et de l’éthique grecques antiques ?

Il s’agit davantage d’une recherche philosophique que spirituelle, bien que la frontière entre les deux soit souvent très ténue. Cette recherche est individuelle et se base sur la philosophie des anciens grecs. Il n’existe donc pas une pensée spécifique mais des pensées, libre à chacun de choisir sa voie en fonction de ses aspirations.


Rendez-vous toujours hommage à Héraklès et à Thésée ?

Absolument pas ! Nôtre rôle n’est pas d’inculquer un enseignement religieux mais de dispenser une discipline martiale et sportive en respectant les idées de chacun.

Le lectorat du portique s’intéresse aux humanités classiques en général, et à la civilisation gréco-latine en particulier : que pourriez-vous leur dire pour les convaincre de suivre des cours de pancrace ? Et de manière générale, aux jeunes ?

A vrai dire nous ne cherchons pas à convaincre quiconque de pratiquer le Pancrace. Ce qui nous intéresse avant tout c’est le partage de connaissances entre individus motivés, rien de plus.

Comment établissez-vous et transmettez-vous le lien entre notre monde moderne, et le monde du pancrace, qui est celui de la Grèce antique ?

« Si tu veux voir où tu vas regarde d’abord d’où tu viens » dit un vieil adage. Notre culture, notre histoire, notre langue, nos institutions... doivent énormément à la Grèce antique et à l’Empire Romain. Il suffit de visiter les nombreux vestiges archéologiques présents dans notre pays pour éprouver le sentiment d’être l’un des héritiers d’une histoire vieille de plusieurs millénaires, par ce moyen il est facile de tisser un lien entre le passé et le présent.

A consulter sur la Toile pour en savoir plus : liens recommandés par notre interlocuteur.

http://dicomartial.ibelgique.com/grece.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pancrace

Rappel : brève éditée sur la fédération de pancrace par le Portique

http://www.portique.net/breve.php3?id_breve=110

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