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Canada français : Splendeur et misère des Humanités...

mardi 20 septembre 2005, par Robin Delisle

La rédaction du Portique a enquêté longuement sur l’état des Humanités au Québec et dans le reste du Canada francophone.
Il est patent qu’elles ont été littéralement éradiquées par les réformes de ce que l’on a appelé la Révolution tranquille. Un Canadien français de l’Ontario donne son point de vue sur ces événements...

Je ferai premièrement une clarification : je ne suis pas Québécois ; je
suis un Canadien-français de l’Ontario, la plus grande "colonie"
canadienne-française. Il y en a qui argueraient que je suis Franco-ontarien,
le Canada-français n’existant plus mais je leur réponds que je conserve
l’ancienne identité et que je n’ai pas l’intention de m’en défaire.

Voici une réponse traitant de la Révolution tranquille, que vous ne
trouverez pas trop évasive, j’espère.

Suite à la Conquête et la cession du pays subséquente, les bourgeois,
les professionnels et les nobles sont tous partis pour la France. Seuls
restaient 60 000 habitants (des paysans) et le clergé catholique. Ce dernier
organisa la résistance à l’assimilation, organisa le peuple dont il avait
hérité et fut longtemps le seul possesseur de savoir professionnel. Les
écoles, les universités, les hôpitaux, etc... quasiment tout était fondé par
des groupes religieux et conséquemment dans les mains de congrégations. Le
Canada-français reposait sur l’Église, qui, par là, reçut un pouvoir énorme.

À l’apogée du Canada-français (1950), la nation canadienne-française
formait le tiers de la population canadienne et continuait de grandir avec
sa fécondité parmi les plus hautes au monde à l’époque. Des Collèges
classiques jalonnaient tout le pays et l’on fondait des universités, toutes
ayant une vie latine active, car l’on connait l’importance du latin dans
l’Église à cettet époque.

Malheureusement, le pouvoir corrompt et une minorité des élites
commettaient des abus. Une réforme était nécessaire ; sur ça, il n’y aucun
doute. Mais certains intellectuels crurent qu’il était mieux de fomenter une
Révolution afin de détruire l’ordre déjà présent et rebatir sur ses ruines,
une nouvelle nation, le Québec. Durant les mêmes années (1960), avait lieu
le concile Vatican II, qui donna prétexte à quelques hauts placés dans
l’Église de faire la révolution en son sein. Il y a d’autres sources
secondaires au cataclysme mais le fouillis qui en résulta détruisit à peu
près toute la civilisation canadienne-française. Au niveau politique, le
Québec laissa à lui-même reste de la diaspora canadienne-française, qui
était présente dans plusieurs provinces et au nord des États-Unis, se créa
un état-providence pour remplacer l’Église , qui chercha à se séparer du
Canada.

L’on décida, alors qu’ "Asteure, on l’a l’affaire. Les vieux, y étaient
dans les patates" donc tout ce qui rappelait la Grande noirceur de laquelle
ils venaient supposément de sortir. Les autels de marbre furent brisés à la
masse et jetés dans les rivières, les statues maltraitées et envoyées au
dépotoire, des voûtes peintes, blanchie à la chaux et d’autres horreurs. Les
Collèges classiques fermèrent leurs portes les uns après les autres,
remplacés par des écoles publiques, et les bibliothèques de vieilleries
classiques firent de jolis autodafés. Ceux qui refusaient la Révolution
furent réduits au silence ou forcés de suivre le courant. <<On a pu besoin
de maudit latin>> Du moins, c’est ce qu’ils disaient.

L’Église s’étant autodétruite, l’édifice social qu’elle avait bâti
s’effondra et nous sommes aujourd’hui en reconstruction. Le Québec est plus
stable, étant majoritairement francophone. Le reste du vieux Canada-français
est en voie de disparition, les gens n’ayant plus leurs anciens supports
moraux et n’en trouvant de nouveaux où ils pourraient trouver appui . Se
sentant abandonnés pas leurs frères Québécois, ils tentent de se créer une
nouvelle identité, comme ceux de la Belle Province. Malheureusement,
l’assimilation y fait quand même des ravages au point que l’on se croirait
dans une école anglaise lorsque l’on marche dans les corridors d’ écoles aux
noms de Notre-Dame des Grand-Lacs de Béatrices Desloges, Deslauriers, etc..

Pour ce qui est d’une résistance, je ne peux vous informer du Québec
sauf qu’il commence à y avoir des jeunes, qui, révoltés par les folies
révolutionnaires, tentent de retrouver leur héritage et qui crééent des
groupes à ces fins ce qui pourrait en venir au rétablissement des cours de
latin. En Ontario, la province où je vis, il y a quelques familles, dont la
mienne, qui tentent d’obtenir une formation plus classique pour leurs
enfants, particulièrement dans la région où je vis, qui fut légèrement moins
frappée par la Révolution. En ce moment même, nous nous organisons afin
d’opérer une refonte du Collège Notre-Dame (le seul Collège
canadien-français à n’avoir fermé ses portes en Ontario), mon école, afin
de le restaurer et de renouveler sa vocation classique. Je crois que nous
pourrions être traité de mouvement de résistance selon vos critères, car le
latin y serait assurément de mise...

Messages

  • je dis bravo car en concervant notre langue(le français) vous concervez un patrimoine qui a en partie disparu en france je parle du "vieux" français
    Merci à vous

  • Cher monsieur Délisle,
    Votre analyse historique de la situation qui prévaut au Québec et dans l`ensemble du Canada est assez juste ;moi qui me définit comme Québécois et citoyen du monde et qui ai fait mon cours classique jusqu`aux Belles-Lettres, j`apporterais quelques éclairages sur d`autres aspects de La Révolution Tranquille.
    le Québec aspirait à la Modernité ;nous n`avions presque aucun pouvoir économique,nous ne pouvions espérer devenir un professionnel(médecin,dentiste avocat,comptable,ingénieur sans passer par le filtre des cours classiques.Ce filtre puissant étant contrôlé par l`Église dans le but de favoriser essentiellement les vocations et la survie même du monstre clérical qu`elle était devenu .Il fallait une fois pour toute casser ce moule,ce qui fut fait sans effusion de sang quand même !
    Quand à un autre aspect de votre intervention,nous Québécois,nous ne vous avons pas abandonné comme vous aimez à vous le répétez entre canadiens-français des autres provinces du Canada.Nous avons compris que nous ne pouvions être maître de notre destinée qu`en étant fort en un seul endroit et non pas dispersé et dilué dans tous les coins de cet immense pays à majorité anglophone où il faut quémander notre droit d`exister !Pendant longtemps ,nous avons essayé la recette d`exiger nos droits partout au Canada,nous en avons eu des droits mais toujours la même problématique est survenue:vous êtes minoritaires et votre taux d`assimilation est fulgurant ;des trains entiers de francophones ont migrés à l`ouest du Québec et ailleurs(aux USA,entre autres).Qu`en reste-t-il aujourd`hui ? Le seul endroit en Amérique du nord où les anglophones apprennent massivement le français,c`est ici au Québec et pourquoi donc me direz-vous ? Parce que nous ne leur avons pas demandé la permission d`exister,nous avons été nous-mêmes et fort où nous pouvions être fort.
    Je vous salue cher monsieur et vous invite à une cordiale rencontre un de ces jours, au Québec:mon pays,votre pays.
    Jules-A.Ouellet.
    Banlieue de Montréal