Le portique

Nihil novi sub sole !

Accueil > Éléments de langues latine et grecque > Langue latine > Amantes mythiques > Les Héroïdes

Les Héroïdes

mardi 14 février 2006, par Robin Delisle

Principes de traduction

  • En latin l’ordre des mots n’est jamais un indicateur grammatical systématique, et les prépositions [...] sont [...] beaucoup plus rares : c’est le cas des mots qui détermine le sens de la proposition. Aussi faut-il les analyser, et aux cas faire correspondre des fonctions, en associant, par exemple, la fonction sujet au nominatif, la fonction c.o.d. au cas accusatif, etc...On fera attention à certaines désinences, qui sont ambiguës : -a peut être la marque d’un nominatif singulier, mais aussi d’un neutre pluriel, -um peut marquer un nominatif neutre ou un accusatif masculin, etc... On recourra donc au dictionnaire pour vérifier les nominatifs et les génitifs, sur lesquels repose l’analyse grammaticale. On vérifiera aussi dans le dictionnaire les constructions des verbes : on notera, par exemple, que le verbe parco (« épargner ») a son complément d’objet au datif et non à l’accusatif.
  • Au fur et à mesure de cette analyse, on essaiera de comprendre chaque phrase, sans encore écrire quoi que ce soit. La difficulté vient de la différence de structure entre le latin et le français. Le français est une suite d’énoncés qui se complètent au fur et à mesure que l’on avance dans leur lecture ; le latin force à procéder par anticipations et retours en arrière : on peut trouver en tête de phrase le sujet d’un verbe situé en fin de phrase, les deux étant séparés par plusieurs lignes ; une proposition relative peut précéder son antécédent, qui est alors bien improprement nommé ; par recherche stylistique, un adjectif qualificatif ou un démonstratif peut se trouver disjoint du substantif sur lequel il porte.
  • Il convient de s’efforcer de pénétrer la pensée de l’auteur, et non de traduire un mot latin par un mot français ; en effet les mots ne signifient pas par eux-mêmes mais en fonction de leur environnement, et le sens se construit par segments. En consultant le dictionnaire, on tentera toujours de saisir d’abord le sens général du mot, avant d’en regarder les traductions particulières ; on se demandera ce que tel mot latin est devenu en français : étant donné la filiation entre les deux langues, les « faux amis » sont assez rares.
  • Lorsqu’on a l’impression d’avoir compris le texte, on pourra se le résumer mentalement, ou même par écrit. Cet exercice permet de vérifier qu’on en a saisi la logique.

Source : http://lamop.univ-paris1.fr/W3/lamop9L.html

La poésie latine

La poésie latine est fondée essentiellement sur le rythme, non sur la rime ou le nombre régulier de syllabes.
Un vers est composé de pieds, eux-mêmes composés de syllabes longues ou brèves.

Règles de scansion
En latin une syllabe peut être :

  • longue (indiquée par le signe ) : rosa (ablatif)
  • brève (indiquée par le signe ) : rosa (nominatif)

    Une syllabe longue vaut deux syllabes brèves.

    Une syllabe peut être longue par nature ou par position.



- Les syllabes longues.

  • Sont longues par nature les syllabes qui contiennent :
    • une voyelle longue par nature (indiquée par le dictionnaire) ;
    • une diphtongue (ae, oe, au, eu) : rosae, aurum ;
    • une voyelle issue d’une contraction : nil (nihil).



  • Sont longues par position :
    • à l’intérieur d’un mot, les syllabes qui contiennent une voyelle suivie de deux consonnes ou d’un x : est, dux.
    • A la fin d’un mot, la syllabe terminée par une consonne si le mot suivant commence par une consonne : puer legit.



N.B.
le h ne compte pas comme consonne : Bellerophon ; qu compte pour une seule consonne : aqua.

- Les syllabes brèves.

Sont brèves les syllabes contenant une voyelle suivie d’une autre à l’intérieur d’un mot (h entre deux voyelles ne compte pas) : tuus ; audio ; nihil.

Source : http://www2b.ac-lille.fr/weblettres/productions/tibulle/tibulle3.htm

La poésie élégiaque

Origine et caractéristiquesDistique élégiaque
Elle est d’origine grecque (étymologie inconnue) : retenir le nom de Callimaque (IIIe siècle av. J.-C.).
  • Elle chante l’amour, la patrie et les dieux. L’élégie n’est jamais purement autobiographique, même si elle prend ses origines dans les sentiments personnels de l’auteur.



  • Elle utilise une forme de vers appelée « distique élégiaque ».



  • Deux autres poètes élégiaques à retenir : Properce, contemporain de Tibulle, et Catulle, plus ancien d’une génération.
C’est un ensemble composé de deux vers :



  • un hexamètre dactylique : 6 pieds dont

    le 6e est un dactyle ( ) ou un spondée ( ) ;

    le 5e un dactyle ;

    les quatre autres des dactyles ou des spondées.

    La césure se place le plus souvent après la première syllabe du 3e pied (coupe penthémimère).



  • un pentamètre : vers de 5 pieds composé de

    2 dactyles ou spondées

    1 syllabe longue

    2 dactyles

    1 syllabe indifférente

    La césure est également placée après 2 pieds et demi.

Source : http://www2b.ac-lille.fr/weblettres/productions/tibulle/tibulle3.htm

Les Héroïdes

On appelle Héroïdes un recueil de lettres de femmes ou d’hommes écrites par des personnages de l’histoire (Sapphô) ou de la légende (les autres). Ces lettres sont adressées aux amants et amantes par des héroïnes.
Ovide revendique l’honneur d’avoir fait oeuvre nouvelle : novavit opus écrit-il dans l’Art d’aimer (Ars amatoria III, 346). Il donne à ses lettres la forme élégiaque. Les sujets des lettres sont empruntés à des légendes souvent traitées par tous les genres littéraires, en particulier la guerre contre Troie, la légende de Thésée et celle des Argonautes.
Les lettres renvoient souvent aux oeuvres des grands auteurs qui ont précédé Ovide.
Vraisemblablement Sophocle pour Hermione et Déjanire, Euripide pour Phèdre, Médée, Canacé et Laodamie.
Les lettres de Pénéloppe, de Briséis, de Pâris et d’Hélène renvoient à Homère, celle de Didon à Virgile.
Les Héroïdes ne sont pas exctement des lettres puisque Déjanire continue d’écrire à Hercule même après avoir appris sa mort , Pénéloppe ne sait où se trouve Ulysse au moment de lui écrire et Ariane est dans une île déserte.
Une Encylopédie poétique parue en 1818 a pu dire dans son cinquième tome :
« on peut considérer l’Héroïde comme une tragédie, dont l’action se passe dans l’imagination du lecteur. Ainsi, tout ce qui est présent dans la tragédie, est présent aux yeux, doit être présent à l’esprit dans l’Héroïde. »
Cette même encylopédie cite Marmontel à propos des Héroïdes :
« le poète est lui-même le décorateur et le machiniste : non seulement il doit retracer dans ses vers le lieu de la scène, mais le tableau, le mouvement, la pantomime de l’action, en un mot tout ce qui tomberait sous les sens si le poème était dramatique. »

Source : Henri Bornecque dans son introduction aux Héroïdes, collection Guillaume Budé, édition les Belles lettres