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Hannibal

mardi 14 février 2006, par Robin Delisle

Objectifs de la séquence

  1. Etudier un héros étranger.
  2. Etudier la place du sentiment religieux dans le jugement de valeur du Romain.
  3. Etablir des liens entre deux figures légendaires, l’une carthaginoise, l’autre romaine.
  4. Etudier les procédés d’amplification
  5. Découvrir la vie d’Hannibal

Hannibal a été par excellence l’adversaire de Rome, peut-être le plus important. A cet égard, il est entré dans la mentalité romaine comme un modèle , sinon un symbole. On a vu en introduction de la séquence ce que signifient la virtus et la pietas pour les Romains : c’est la somme des deux chez un même individu qui en font un héros. Il reste à déterminer si Hannibal entre dans la catégorie des héros négatifs ou des héros positifs dans l’imaginaire romain.

Portrait d’Hannibal

... Nullo labore aut corpus fatigari aut animus uinci poterat. Caloris ac frigoris patientia par ; cibi potionisque desiderio naturali, non uoluptate modus finitus ; uigiliarum somnique nec die nec nocte discriminata tempora ; [...] multi saepe militari sagulo opertum humi iacentem inter custodias stationesque militum conspexerunt. Vestitus nihil inter aequales excellens : arma atque equi conspiciebantur. Equitum peditumque idem longe primus erat ; princeps in proelium ibat, ultimus conserto proelio excedebat. Has tantas uiri uirtutes ingentia uitia aequabant, inhumana crudelitas, perfidia plus quam Punica, nihil ueri, nihil sancti, nullus deum metus, nullum ius iurandum, nulla religio. Cum hac indole uirtutum atque uitiorum triennio sub Hasdrubale imperatore meruit ....

Source Ab Urbe condita liber XXI, IV Tite-Live

Source sur la Toile :
Itinera electronica
  • Relisez avec attention le portrait que dresse Tite-Live d’Hannibal : quelles sont, à votre avis, à la lecture de ce portrait, les qualités qui sont mises en avant ? Qu’en est-il des défauts ? En raisonnant a contrario, quel vous semble être le code d’honneur d’un homme juste selon Tite-Live ? Appuyez-vous sur un réseau lexical bien précis.
  • Est-ce que les qualités que Tite-Live met en avant chez Hannibal sont celles qui correspondent à la geste que relate Aurelius Victor ?
  • Qu’est-ce qui le choque le plus ? Par quel procédé stylistique et rythmique le voit-on dans le texte ?

- L’infinitif passif
Pour former un infinitif passif, il suffit d’ajouter au radical du verbe -ari pour les verbes en o, -as, -are , -eri pour les verbes en eo, es, ere et -i pour les autres.

  • Identifiez deux infinitifs passifs dans la première phrase.
    • humi est un locatif. Ce vieux cas latin sert à indiquer une position. On le trouve parfois à la place des ablatifs.
    • deum est une contraction de deorum assez fréquente en latin.
    • jus jurandum est une expression latine qui signifie « serment »

La geste d’Hannibal

42 1 Hannibal, Hamilcaris filius, novem annos natus, a patre aris admotus odium in Romanos perenne iuravit. 2 Exinde socius et miles in castris patri fuit. Mortuo eo causam belli quaerens Saguntum Romanis foederatam intra sex menaes evertit. Tum Alpibus patefactis in Italiam traiecit. 3 P. Scipionem apud Ticinum, Sempronium Longum apud Trebiam, Flaminium apud Trasimenum, Paullum et Varronem apud Cannas superavit. 5 Cumque urbem capere posset, in Campaniam devertit, cuius deliciis elanguit. 6 Et cum ad tertium ab urbe lapidem castra posuisset, tempestatibus repulsus, primum a Fabio Maximo frustratus, deinde a Valerio Flacco repulsus, a Graccho et Marcello fugatus, in Africam revocatus, a Scipione superatus, ad Antiochum regem Syriae confugit eumque hostem Romanis fecit ; quo victo ad Prusiam regem Bithyniae concessit ; unde Romana legatione repetitus hausto, quod sub gemma anuli habebat, veneno absumptus est, positus apud Libyssam in arca lapidea, in qua hodieque inscriptum est : Hannibal hic situs est.

Source : Aurelius Victor De viris illustribus urbis Romae
    • Attention : lapis, -idis désigne aussi une borne, et donc, par là, une distance. Une borne vaut environ un mille.
    • cujus est un pronom relatif au génitif singulier
    • quo = eo
    • Relevez les participes passés dans le texte.
    • Attention à cum + subjonctif
    • On forme le subjonctif parfait en ajoutant les désinences -m,-s,-t,-mus,-tis,-nt à l’infinitif parfait.
  • Utilisez le programme collatinus ou encore ledictionnaire en ligne de Gérard Jeanneau et tentez une traduction approximative.
  • Montrez par quelle gradation Hannibal, en quelques participes passés, passe du statut de vainqueur au statut de vaincu. A quelle autre gradation antérieure s’oppose cette dernière ?
  • Faites une recherche sur la seconde guerre punique afin d’identifier clairement les événements qu’Aurelius Victor survole en quelques mots.
  • Tracez une carte de tout le bassin méditerranéen. Placez sur cette carte les différents lieux nommés dans le texte.

Le redressement de Carthage

Cicéron scandalisé par le relèvement de Carthage

« tum vero ipsam veterem Carthaginem vendunt quam P. Africanus nudatam tectis ac moenibus sive ad notandam Carthaginiensium calamitatem, sive ad testificandam nostram victoriam, sive oblata aliqua religione ad aeternam hominum memoriam consecravit. »

De lege agraria prima oratio V Cicéron

César relève Carthage

« César[...] s’appliqua de nouveau à gagner les citoyens par des repas publics, par des distributions de blé, et les soldats par l’établissement de nouvelles colonies. Les plus considérables furent Corinthe et Carthage : ainsi ces deux villes, qui avaient été prises et détruites en même temps, furent aussi rétablies et repeuplées ensemble. »
Source : Vie de César, Vies parallèles 57, Plutarque

L’adjectif verbal

L’adjectif verbal est un adjectif de forme passive, construit sur le radical du verbe, qui exprime une idée d’obligation. il est en -andus, -a, -um pour les verbes en -o, -as, -are, -endus, -a, -um pour les verbes en -eo, -es, -ere et -o, -is, -ere , -undus, -a, -um pour les verbes en -io,-is, -ire.
Ainsi l’adjectif verbal notandus,-a,-um , « devant être noté » , « devant être remarqué » vient du verbe noto,-as,-are,-avi-atum, par exemple.
Dans l’extrait du De lege agraria « ad notandam Carthaginiensium calamitatem » se traduit mot à mot ainsi : *vers la ruine des Carthaginois devant être remarquée* soit « afin que la ruine des Carthaginois soit notable ».

La « calamitas »

La « calamitatem » dont parle Cicéron est sand doute bien plus qu’un désastre : associée à « notam » c’est une véritable marque d’infâmie. Le vocabulaire religieux de la dernière proposition évoque clairement une cérémonie religieuse d’exécration absolue, en quelque sorte, une « damnatio memoriae ». Une damnatio memoriae consiste à effacer jusqu’au souvenir même de quelqu’un ou de quelque chose, au point d’en abolir littéralement le souvenir. Selon Cicéron, ’lune des trois motivations de Scipion est d’en finir à jamais avec Carthage.

Religiosité de César...

A la lueur du frémissement de Cicéron, à l’idée de relever Carthage, du portrait d’Hannibal, donné par Tite-Live, notamment en ce qui concerne sa piété, quel rapprochement, peut-on opérer entre Hannibal et César ? En quoi ont-ils des défauts et des qualités comparables ? Carthage est pour les Romains un symbole, de même qu’Hannibal son héros : comment interpréter alors l’attitude de César qui relève la cité de ses ruines ?

Hannibal dans l’inconscient collectif romain ?

Hannibal (ou Annibal), tacticien et chef de guerre hors pair, est un héros romain étranger par excellence. Toute son ambivalence réside dans le rapport que Rome entretient avec son ancienne rivale : d’un côté l’exécration comme Cicéron pour la cité détruite, ou encore la réprobation scandalisée devant l’absence d’éthique du général carthaginois, comme c’est le cas dans le portrait de Tite-Live, de l’autre, de l’admiration sinon de la fascination pour l’homme qui fit trembler Rome sur ses fondations.
César ne s’est jamais comparé à Annibal, et de fait, c’eût été une erreur politique : Cicéron dans ses Philippiques, peu après la mort de César, appelle encore Antoine "nove Annibal" . C’est dire deux siècles encore après, l’impact de cette figure dans l’inconscient collectif romain.
César n’en partage pas moins des traits communs avec le chef carthaginois, et comme lui a compris que le monde ne pouvait retrouver paix et prospérité que dans l’unité. Ce sera Auguste qui achèvera ce rêve.