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Du maëlstrom à la genèse

mardi 14 février 2006, par Robin Delisle

GUERRE ET PAIX

Au début des Métamorphoses, Ovide fait le récit de l’origine du monde. Il chante dans une évocation saisissante la transmutation du chaos primitif en un monde organisé sous l’effet d’un dieu démiurge.

Chaos

Métamorphoses I, 1-20
Ante mare et terras et quod tegit omnia caelum 5

unus erat toto naturae vultus in orbe,

quem dixere chaos : rudis indigestaque moles

nec quicquam nisi pondus iners congestaque eodem

non bene iunctarum discordia semina rerum.

nullus adhuc mundo praebebat lumina Titan, 10

nec nova crescendo reparabat cornua Phoebe,

nec circumfuso pendebat in aere tellus

ponderibus librata suis, nec bracchia longo

margine terrarum porrexerat Amphitrite ;

utque erat et tellus illic et pontus et aer, 15

sic erat instabilis tellus, innabilis unda,

lucis egens aer ; nulli sua forma manebat,

obstabat que aliis aliud, quia corpore in uno

frigida pugnabant calidis, umentia siccis,

mollia cum duris, sine pondere, habentia pondus. 20

_

Points de grammaire à aborder

  • Différents modèles de la troisième déclinaison
  • Quatrième déclinaison
  • Cinquième déclinaison
  • Participe parfait
  • Participe présent
  • Parfait et plus-que-parfait

Ordre

Métamorphoses I, 21-31
Hanc deus et melior litem natura diremit.

nam caelo terras et terris abscidit undas

et liquidum spisso secrevit ab aere caelum.

quae postquam evolvit caecoque exemit acervo,

dissociata locis concordi pace ligavit : 25

ignea convexi vis et sine pondere caeli

emicuit summaque locum sibi fecit in arce ;

proximus est aer illi levitate locoque ;

densior his tellus elementaque grandia traxit

et pressa est gravitate sua ; circumfluus umor 30

ultima possedit solidumque coercuit orbem.

Points de grammaire à aborder

  • hic, haec, hoc

IMPERFECTION ET PERFECTION

L’imparfait

La morphologie de l’imparfait ne pose guère de difficultés. Les désinences sont quasiment celles du présent à l’exception de la première personne du singulier. Il suffit simplement de rajouter la syllabe "ba" au radical puis la désincnce. Il est nécessaire pour la troisième conjugaison mixte et la quatrième ( en fait les verbes en -io ) d’intercaler la voyelle "e" entre le radical et la syllabe"ba". Le verbe être a cependant sa propre conjugaison. C’est la seule exception.

Les emplois de l’imparfait sont en partie identiques à ceux du français. Pour mémoire, on l’utilise pour les descriptions dans le passé, les actions qui durent ou se répètent dans le passé, et plus généralement les phénomènes qui ne sont pas achevés ou clairement datés dans le passé. On n’utilise en revanche pas l’imparfait dans une subordonnée d’hypothèse.
Enfin, il existe deux emplois particuliers de l’imparfait en latin :

  • L’imparfait d’effort : il sert à marquer l’effort pour accomplir une action.
    " Alumnos et alumnas in studium retinebam"
    Je cherchais à maintenir dans l’étude les écoliers et les écolières.
  • L’imparfait épistolaire : Les français quand ils écrivent utilisent le présent en parlant des évènements qui se déroulent au moment où l’on écrit.
    Les Romains, eux, anticipent volontiers le moment où la lettre sera parvenue aux destinataires, de sorte qu’il en résulte un décalage des temps vers les passé.

Le parfait

La première, la seconde et la quatrième conjugaison forment chacune leur parfait selon des règles à peu près fixes : on rajoute au radical -avi pour la première, -ui pour la seconde et -ivi pour la quatrième. Il demeure néanmoins des exceptions qu’il vous faudra progressivement apprendre. Le radical de la troisième et la troisième mixte se modifie en revanche très souvent, de sorte qu’il faut apprendre celui de chaque verbe petit à petit. Les désinences sont, elles, les mêmes quelle que soit la déclinaison.

Tout au contraire de l’imparfait, le parfait s’emploie pour les actions passées achevées, clairement délimitées dans le temps. Il s’ensuit que le parfait indique aussi le résultat de l’action, puisque cette dernière est achevée. De ce fait, un parfait peut aussi servir à exprimer une vérité générale si elle est le produit de l’expérience du passé.
Alumnus impiger omnia vicit
Un élève courageux vient à bout de tout ( mot à mot : un élève courageux a tout vaincu )
vocabulaire : vinco,is,ere,vici = vaincre
Enfin comme le parfait fait référence à des évènements passés délimités dans le temps, le Romain l’emploiera aussi là où le français utilise l’imparfait pour une description
Ovidius fuit magno ingenio
Ovide avait un grand génie ( mot à mot : Ovide fut avec un grand génie )
On peut rendre un parfait par un passé composé, un passé simple ou un passé antérieur, les Romains ne font pas de différence entre ces trois temps. En pratique, on rendra les parfaits des récits par des passés simples ou antérieurs, et ceux des dialogues par des passés composés.

METAMORPHOSES ET CHAOS

Une remarquable analyse de la structure des métamorphoses et notamment des influences pythagoriciennes se trouve sur le site Vitellus.

Sur le site de la Bibliotheca Selecta Classica, la totalité des Métamorphoses d’Ovide dans la traduction de G.T Villenave est disponible.

On peut aussi s’intéresser à deux gravures, d’Hendrick Goltzius, peintre maniériste du XVIème siècle, et de Bernard Picart, un illustrateur de livres du XVIIème siècle, présentes sur le site de la Bibliothèque nationale de France.

La gravure du maniériste Hendrick Goltzius représente semble-t-il un tourbillon avec un être inachevé et de la matière informe à gauche, et à droite un paysage en mouvement par opposition aux peintures paisibles des paysages flamands de cette époque. Le créateur central est assurément plus biblique que païen et illustre bien la récupération des mythes antiques par une relecture judéo-chétienne caractéristique de l’Europe des temps modernes.

La gravure de Bernard Picart est toute en formes courbes. On distingue un tourbillon qui entraîne des êtres indéfinissables.
L’opposition obscurité/clarté rappelle le "fiat lux" biblique. A bien des égards, ce tableau est autant une scène de création que de chaos originel.

Si vous consultez les caractéristiques du maniérisme, vous constaterez combien Goltzius et à moindre degré Picart ont pu être influencés par ce courant artistique. En effet, les deux gravures présentées ici correspondent en maints points à ces caractéristiques. Vous pourrez vous reporter en définitive à la synthèse de la BNF sur le chaos.