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[Théâtre] [Toulouse] Iphigénie, suite et fin au TNT

lundi 20 février 2006

(Comentaire repris directement du site du TNT)

Euripide / Yannis Ritsos / Mise en scène : Guillaume Delaveau, du 08 au 25 mars 2006

Nous sommes en Tauride, autant dire au bout du monde, il y a bien longtemps. Iphigénie n’est pas morte. La fille chérie d’Agamemnon, qu’il a sacrifiée pour obtenir des dieux que les vents se lèvent et qu’il puisse mener à bien son expédition contre Troie, a été sauvée par Artémis. Elle est désormais prêtresse de la déesse. Son rôle : sacrifier tous les Grecs qui abordent en Tauride. Mais voici qu’Oreste, son frère, dans sa course éperdue pour fuir les Erinyes, débarque chez les Taures. On le capture, le conduit à Iphigénie qui s’apprête à l’immoler. Évitant de peu le fratricide, le frère et la sœur se reconnaissent et, se jouant des barbares, parviennent à s’enfuir. De retour à Argos, Iphigénie s’adresse à Oreste, muet. Elle lui raconte leur enfance anéantie, l’exil, le sacrifice, s’interroge sur l’effondrement familial et l’utilité des expéditions militaires.

Euripide, en imaginant qu’Iphigénie n’est pas morte à Aulis, invente une autre histoire. Le poète nous conte la fin du mythe. La guerre, le retour des héros, les meurtres vengeurs, tout semble terminé. Tout ? Non. Oreste et Iphigénie, les derniers Atrides, sont toujours errants, toujours exilés. Et cette fable aux puissants ressorts dramatiques nous conte leur sortie de la tragédie : cette fois, il n’y aura pas de meurtre sanguinaire. Le fratricide est évité, le frère et la sœur partent, échappant enfin à leur destin.

Ritsos reprend la fable là où Euripide l’avait laissée et nous fait entendre, par la voix d’Iphigénie, l’anéantissement de sa propre jeunesse. L’errance des deux derniers Atrides renvoie aux persécutions auxquelles Yannis et sa chère sœur Loula ont dû faire face. Quant à la Tauride d’Euripide, terre barbare et sanguinaire, elle devient pour lui une île grecque, pervertie par la dictature des Colonels en 1971.

Après La Vie est un songe, Guillaume Delaveau retourne à la tragédie grecque qu’il avait déjà explorée avec Philoctète. Il a souhaité clore à son tour l’aventure d’Iphigénie en confrontant ces deux textes très différents et porter grâce à eux un regard sur notre condition moderne. Iphigénie et Oreste sont pour lui les figures d’une génération sacrifiée au dessein de leurs parents. Ils n’ont rien vécu, ils ont tout subi. Iphigénie a payé pour la gloire militaire de son père, Oreste pour la vengeance de sa mère. La mort d’Iphigénie a permis le début de tout – le départ pour Troie ; la folie d’Oreste a clos la malédiction des Atrides. Mais les épopées ne sont pas pour eux. Ils sont la jeunesse d’aujourd’hui qui doit se relever de la fin des « grands récits politiques » du XXe siècle. Se débrouiller avec cet héritage. Ce diptyque, réunissant l’ancien et le contemporain, est servi par une nouvelle traduction volontairement poétique du texte d’Euripide qui entre en résonance avec la poésie contemporaine de Ritsos. L’antique fable se ressource ainsi au contact du récit moderne et apporte une lumière neuve sur la suite et la fin que nous devons tous inventer.…


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