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Philoctète de Sophocle : un avant-goût !

dimanche 12 mars 2006

Philippe Renault prépare un dossier complet et une anthologie de textes du tragique Sophocle.

Il livre en avant-première quelques vers de Philoctète.

Ah ! fléau pire que le feu, tu es un monstre !

Hideux modèle de perfidie, qu’as-tu fait ?

Tu m’as trompé ! Dire que tu oses encore

Me regarder en face, oui, toi, ô misérable

À qui je me fiais, à qui je suppliais.

En me volant mon arc, tu m’as ôté la vie.

Rends-le-moi, mon enfant, je t’en prie, rends-le-moi !

Par les dieux paternels, ne brise pas ma vie.

Horreur ! Il ne dit rien... Il ne le rendra pas !

Oui, il suffit de voir son regard qui me fuit.

Rivages, promontoires, fauves des montagnes,

Rochers abrupts, vous qui êtes mes seuls amis,

Vous, mes seuls confidents, vous qui savez mes peines,

Contemplez tout le mal fait par ce fils d’Achille.

Ah ! il me jurait bien qu’il me ramènerait

Dans mon pays, et voilà qu’il veut que j’aille à Troie !

Dire qu’il m’a tendu sa main droite en jurant.

Maintenant, voyez-le qui serre avec vigueur

L’arc sacré d’Héraklès, le rejeton de Zeus !

Voyez comme il fanfaronne devant les Grecs !

Moi, il m’a eu comme s’il eût désarçonné

Un homme vigoureux, alors qu’il n’a vaincu

Qu’un mort, qu’une fumée, qu’un misérable spectre !

C’est sûr, il n’aurait jamais pu me capturer

Si j’avais été fort, et même dans l’état

Lamentable où je suis, me vaincre eût été vain.

Aussi a-t-il rusé. J’ai été piégé,

Pauvre que je suis ! Que faire ? Allons, rends-moi

Mon arc, et redeviens ce que tu es vraiment !

Mais toujours ce silence... Ah ! je suis bien perdu !

Ô béance de ce rocher, je te reviens,

Dépouillé, indigent, désireux d’en finir

Seul au fond de ton gîte. Il n’est plus question

D’abattre ni l’oiseau en plein vol, ni le fauve.

Non, c’est moi désormais qui serai le gibier

Pour ceux que je chassais. Oui, je serai la proie

De mes anciennes proies, quelle misère en effet !

Et la faute à qui ? À ce ribaud, qui feignait

D’être noble et sans tache ! Ah ! crève sur-le champ !

Ou plutôt non... j’attends de toi des sentiments

Plus dignes. Si tu ne les as, meurs sans délai !

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