Le portique

Nihil novi sub sole !

Accueil > Humanités > La Grèce refuse de prêter une statue de Praxitèle au Louvre

La Grèce refuse de prêter une statue de Praxitèle au Louvre

vendredi 9 février 2007

La Grèce a fait de la préservation et du retour au pays de son patrimoine antique un important cheval de bataille, comme vient de l’attester son refus de prêter au Louvre une statue qui devait constituer l’un des fleurons d’une exposition consacrée au sculpteur Praxitèle.
Le musée parisien était persuadé qu’Athènes allait lui prêter ce bronze, l’Ephèbe de Marathon (325-300 avant JC), au point de l’avoir représenté sur les affiches annonçant l’exposition, qui démarre le 23 mars. Pourtant la Grèce a récemment annoncé qu’elle ne lui livrerait pas.

Dans un communiqué rageur, le Louvre a fait part de sa "vive stupéfaction", affirmant que la Grèce connaissait depuis avril 2005 la liste des oeuvres demandées et avoir "à deux reprises" reçu "un accord oral" pour leur prêt.

Le ministre français de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, jugeant "vivement regrettable" le refus grec, est allé jusqu’à demander jeudi soir à son homologue grec Georges Voulgarakis "de bien vouloir (lui) indiquer si cette décision" lui semblait "définitive".

Athènes maintient de son côté que depuis le début des négociations le musée parisien avait été prévenu que le prêt de l’oeuvre était hautement improbable étant donnée sa fragilité et était de toute façon conditionné à l’accord du Conseil central d’archéologie (Kas).

Le bronze n’a jamais quitté la Grèce et fait partie de la liste des statues "inamovibles" du musée national archéologique d’Athènes, précise à l’AFP son directeur, Nikos Kaltsas. Les Français connaissent très bien la procédure et savent que la Kas est incontournable, insiste-t-il.

Mais pour le musée parisien la couleuvre est d’autant plus difficile à avaler qu’il venait de céder sur une demande d’Athènes de ne pas exposer une statue du musée américain de Cleveland, un Apollon Sauroktonos (tueur de lézards) dont les Grecs pensent qu’il a pu faire l’objet d’un trafic.

"Le Louvre a pensé qu’en acceptant cette demande il obtiendrait le reste des oeuvres. Mais il est peut-être allé un peu vite en besogne : le plus grand musée du monde n’a pas l’habitude de se voir refuser quoi que ce soit", avance sous couvert d’anonymat une source proche du dossier.

Reste que cette affaire illustre "la volonté politique de la Grèce de faire preuve d’une extrême vigilance sur la protection de son patrimoine, en Grèce ou à l’étranger", estime un membre éminent du milieu archéologique du pays.

La requête d’Athènes sur la pièce de Cleveland s’inscrit ainsi dans une nouvelle stratégie consistant à faire du battage autour d’oeuvres dont elle estime qu’elles ont pu être pillées sur son sol. C’est grâce à cette politique offensive que la Grèce a récemment obtenu du Getty de Los Angeles la restitution de quatre chefs d’oeuvre antiques.

"Notre but n’est pas de vider les musées mais de faire en sorte que les objets antiques exportés illégalement reviennent", déclarait récemment Georges Voulgarakis, qui a pris l’habitude de célébrer en fanfare le retour du moindre objet restitué par l’étranger, fut-il mineur.

Il ne manque jamais non plus une occasion de rappeler quel est le grand combat d’Athènes : la restitution des fragments du Parthénon, surtout ses célèbres frises orientales, détenues par le British Museum.

Dans une grande opération de communication, les autorités ont rassemblé le 30 janvier dernier 2.500 élèves des écoles pour former une chaîne humaine au pied de l’Acropole pour réclamer leur retour.

Quant à ses relations futures avec le Louvre, Athènes assure n’avoir "pas de problème" avec le musée parisien, avance Vivi Vassilopoulou, directrice des antiquités et du patrimoine culturel du pays. "Et ce que prend le Louvre est loin d’être négligeable", ajoute-t-elle en référence à la dizaine d’oeuvres qui elles feront bien le voyage d’Athènes à Paris pour l’exposition Praxitèle.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.